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Autour d'un livre


Publication, en vrac, de notes de lecture portant sur les sujets et les ouvrages les plus divers, contemporains ou non, en vue d'éventuels échanges avec tous visiteurs intéressés.
Ces mêmes visiteurs sont d'ailleurs cordialement invités à enrichir la présente rubrique de leurs propres réactions concernant des livres non encore mentionnés dans la liste qui suit.

Un formulaire de soumission ainsi qu'un forum sont prévus mais dans l'attente de leur mise en ligne les contributions peuvent être prososées par email :

hermes.cy@gmail.com


Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es : Faux adage s'il en est.
Mis à part le paresseux ou l'imposteur qui ne lisent que ce qui ne risque pas les déranger, le lecteur est en effet un curieux, et un curieux qui cherche avec éclectisme. C'est pour cela qu'il lit et que tout lui est bon, ou presque. C'est à la lumière de ses lectures qu'il formera son jugement et structurera sa personnalité. Or cette recherche n'est jamais finie. La lecture est le moyen, non exclusif de préférence, auquel il a recours pour sans cesse accroître ses connaissances et actualiser ses opinions.

Néanmoins, et au-delà du fait de savoir qui est tel lecteur, son avis sur ses lecture peut être intéressant par l'éclairage qu'il apporte sur les textes concernés.
C'est dans cet esprit que cette rubrique est proposée et ouverte à quiconque souhaiterait contribuer à son enrichissement..

Merci de votre attention et de vos éventuelles réactions.

Liste des ouvrages par auteurs et par titres 

Amouroux Henri - La grande histoire des français sous et après l'occupation - Chronique
Bottero Jean - Naissance de Dieu - Essai
Coetzee J-M - En attendant les barbares - Roman
Domenach Jean-Marie - Ce que je crois - Essai
Onfray Michel - Traité d’athéologie - Essai
Salin Pascal - Français, n’ayez pas peur du libéralisme - Essai



Traité d’athéologie - Michel Onfray 

Ouvrage plus communiste-anticlérical primaire que athée.

Excès de langage faisant de l'athéisme une religion du non-Dieu, aussi radicale et intolérante que les autres, dont l'auteur se fait lui-même grand prêtre, avec tout à la fois l'infaillibilité d'un pape, la violence d'un grand mollah et les certitudes d'un rabbin. Il pontifie tout comme eux, à grand renfort de citations partisanes, de démonstrations réductrices et d'omissions allant de soi. Relents d'intégrisme.

Démontre, s'il en était besoin, que la vanité de ceux qui prétendent se passer des dieux est au moins égale à celle qui habite ceux qui se croient dignes de leur considération.

À plus d'un siècle de distance, c'est une actualisation des attendus de la loi sur la séparation de l'église et de l'état, appliquée à des religions qui n'ont jamais cessé de se faire une guerre sans merci et subissant, de nos jours et comme tout un chacun, les effets de la mondialisation. En tout cas, bien éloigné de la libre pensée, ou du libre examen auxquels prétend l'auteur.
Peut être lu par qui doute de la raison de ceux qui prétendent ne jamais avoir tort.

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Naissance de DieuJean Bottero                                                         

Passionnante, cette évocation des Écritures et du rôle joué par le peuple juif dans l'avènement d’un Dieu unique. Bien que le titre de l’ouvrage traduise l’amalgame commode qui fait du franchissement d’un degré supplémentaire de la lente évolution de l’intelligence humaine et de l’imagination qu’elle nourrit, la naissance de Dieu, il s’agit bien du degré supérieur auquel ait été porté le moyen suprême qu’a trouvé l'homme pour calmer ses angoisses existentielles.

Quoi qu’il en soit, il a fallu au peuple juif une certaine assurance pour se croire à ce point élu parmi tous ceux qui formaient alors le monde connu, mais cette vanité bien humaine n'est peut-être pas la seule cause de l'invention d'un Dieu unique. Ainsi étaient évacués les problèmes que n'aurait pas manquer de poser l'avènement d'une cohorte supplémentaire de dieux spécialisés ; autant de sujets de dispute avec des peuples qui avaient déjà les leurs et vis-à-vis desquels il s’agissait de faire preuve d’une supériorité organisatrice favorisant leur domination.

Il n'en demeure pas moins que l'invention est de taille et qu'elle exprime le pas considérable qu'a franchi l'humanité dans son questionnement, quel que soit le peu de profit qu'elle en a tiré et sans que se soit faite pour autant depuis l'unanimité sur le sujet, bien au contraire.

 

Mais cette lecture porte aussi à voir le dieu des juifs comme le produit récupéré d'une maturation laborieuse menée au cours de millénaires par bien d’autres peuples, et réduit la soudaineté de Sa révélation à une forme propre à frapper les esprits. La novation s’en trouve relativisée d’autant qu’aussi spirituellement élevée qu'elle soit, et quels que soient les efforts de ceux qui s’en sont inspirés par la suite – y introduisant des variantes plus ou moins heureuses – il faut considérer :

– Qu'elle s’est manifestée à l’égard d’un peuple, à une époque et dans des circonstances particulières. Que ce peuple et ses descendants se soient considérés comme investis de la mission sacrée de la pérenniser et y parviennent envers et contre tout, n’est la preuve de rien d’autre que de leur conviction et de leur ténacité.

– Que Yahvé – qu'il s'appelle ainsi ou Élohim – soit le Dieu d'Israël et de nul autre peuple, ajoute à la vanité déjà évoquée un égocentrisme qui sans ôter à Sa dimension universelle s’est avéré favorable à des prétentions expansionnistes. Cf. Réflexion précédente à propos de l'intérêt particulier du monothéisme en tant que moyen de parvenir à ses fins pour un peuple conquérant (Dieu n’a-t-il d’ailleurs pas été et ne continue-t-il pas d’être, sous divers noms, l’un des instruments ou le prétexte de bien d’autres conquêtes ?).

– Que le Dieu unique, est célébré en lieu et place de divinités identifiées jusqu’alors, honorées selon les circonstances et le domaine réservé à chacune d’entre elles, mais qu’il en est profondément marqué. En atteste notamment l’offrande qui lui est faite des victoires guerrières – d’Israël puis de bien d’autres nations, de nos jours y compris . Si cela simplifie il est vrai l’organisation du culte, le changement quant au fond est faible et nous sommes encore loin des paroles d’amour, de paix et de sérénité qui seront progressivement introduites dans le message biblique.

– L'effort d'explication des grands clercs ayant pour but de se concilier la cosmologie ; les contradictions fondamentales et définitives apportées à la Genèse et à sa cosmogonie par la science, sont de ce point de vue sans appel et les efforts d’explication actualisée des textes n’y changent rien.

– Les manifestations pour le moins contradictoires d'une bonté divine prétendument infinie (introduite postérieurement au judaïsme d'origine, comme déjà souligné) que l'histoire et les progrès de la libre pensée ont rendue toujours plus sujette à réserves.

– Que l'Ecclésiaste peut se concevoir tout bonnement comme une subtilité dialectico-théologique apportant, bien après la diffusion des saintes écritures, des réponses aux insuffisances et contradictions de ces dernières, et que le débat ne pouvait et ne peut encore que susciter. L'Ecclésiaste ne renvoie-t-il pas subrepticement le lecteur aux textes d'origine ? Par les questions que soulève le caractère empreint d'humilité ; sceptique, défaitiste, voire négatif, des questions qu'il pose et des réponses qu'il y apporte, l'Ecclésiaste ne fait effectivement que renvoyer son lecteur aux sources (Yahviste, Document sacerdotal, Deutéronome...). Ce lecteur est ainsi habilement conduit à rechercher dans les textes les plus proche de la révélation, pour y trouver sous l’aiguillon d’une angoisse inchangée depuis la nuit des temps, les « vraies » réponses ; celles que la foi seule rend acceptables, le flou dû à la distance trouvant, à défaut d’éclaircissement, ses explications dans les mystères.

Il est probable que les révélateurs de Dieu et leurs continuateurs ont été suffisamment perspicaces pour envisager que surgirait infailliblement, tôt ou tard, le doute quant à la « Vérité » qu’ils découvraient. C’est vraisemblablement pour cette raison que l'Antéchrist figure parmi les conséquences et manifestations prévisibles de ce doute. Son annonce s’inscrit bien dans le mécanisme qui généra l'Ecclésiaste, correcteur anticipé des incompréhensions, aberrations et dérives bibliques que le progrès et l’intelligence humaine, grands réducteurs de la crédulité et de la superstition finiraient immanquablement par mettre en évidence. Cet Antéchrist n’a pas la tâche facile car il lui faut non seulement être à la hauteur des prophètes qu’il vient démentir mais compter avec le confort des croyances établies. Il est néanmoins aidé par un progrès dont il est permis de penser qu’il porte en lui son arbitrage, pour le meilleur et pour le pire.

De même la fin de la civilisation judéo-chrétienne et de l’humanité entière est programmée. La sagesse sombrant avec les derniers doutes, tout devrait logiquement s’enchaîner pour conduire à l’anéantissement d’un corps désormais sans esprit. Et que cette disparition doive se produire dans l’apocalypse, voilà encore qui a été prévisible, dès lors que le premier péché a été commis et que le bras du premier assassin a été armé : par Qui et Pourquoi ???

Cela dit, la fin de tout ne sera pas pour autant prononcée et il est bien peu probable que la Vérité soit au bout du chemin de l’humanité. L’univers continuera son mouvement imperturbable, en l’absence des hommes, et de leurs dieux, qu’ils entraîneront avec eux dans un oubli cosmique, à la dimension de son immensité, voire de son infini.

Croire c’est rêver et la foi est-elle autre chose que poésie ? Source d’une invention parmi celles auxquelles les hommes ont de tout temps été entraînés par la nature et par leur nature, se différenciant ainsi des autres espèces –dites inférieures–  peuplant la planète. Pluriel ou unique, Dieu n’appartient qu’aux hommes, qui l’honorent selon les circonstances.

Invention suprême en cela qu’elle perfectionne la croyance en une puissance supérieure nécessitée par le besoin d’explication de ses origines manifesté de tout temps par l’être humain qui, comme les autres, naît pour mourir mais en a une conscience affirmée. Invention au demeurant relative, en cela qu’elle ne fait qu’ajouter ou au mieux substituer à une panoplie existante –avec beaucoup de temps et d’ajustements– la notion de Dieu unique. A classer parmi les grandes inventions résultant de l’imagination des hommes, à la différence de plus déductives et plus ou moins subies comme l’agriculture à partir de la cueillette ou l’élevage à partir de la chasse ; du feu, de l’électricité, de l’énergie thermique, de la médecine, etc. 

En marge de ce qui précède et concernant le nouveau testament, et son catalyseur Jésus, fils autoproclamé d'un Dieu unique qui éprouvait certaines difficultés à se frayer un passage vers l’esprit des hommes, qu'il soit permis de les voir : celui-là comme le prolongement et la mise à jour nécessaire de l'ancien et Celui-ci comme son propagateur révolutionnaire, ayant fait don de Sa personne à l’humanité souffrante (qui ne le méritait pas davantage à Son époque qu’aujourd’hui), fondateur instrumentalisé d'une secte qui a réussi et produit de nombreux rejets (terme signifiant, au choix : refus ou excroissances).

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Amouroux Henri - La grande histoire des français sous et après l'occupation

Monumental ouvrage de mémoire s’il en est, le talent de journaliste et de chroniqueur de l’auteur s’y exprime de telle façon que je n’ai été à aucun moment distrait de sa lecture. Il s’agit bien de l’histoire d’un peuple, avec ses grandeurs et ses bassesses, telle que je l’ai personnellement et bien humblement traversée, trop jeune pour pouvoir en disserter. J’en resterai donc aux quelques considérations liminaires qui suivent.

Il me reste de cette lecture un sentiment pénible, bien qu'il m'aide à me comprendre moi-même en me faisant percevoir combien j'ai pu être influencé toute ma vie, comme je l’ai déjà dit ailleurs, par ces années de guerre, de violence, de privations, de souffrances de toutes sortes, au demeurant bien plus durement vécues par d'autres que par moi-même. Je ressens un profond chagrin, moins à l'idée rétrospective ou au souvenir de cette époque, traversée avec l'insouciance et l'inconscience d'un enfant, qu'en réaction au sentiment d'un malheur irréparable. L'absurdité de l'homme en ces circonstances, aussi bien par égoïsme que par cruauté; quelles que soient les certitudes au nom desquelles il se soit comporté, me semble avoir franchi, les limites du rachetable. Et rien ne s’est arrangé depuis, bien au contraire.

Ceci me paraît d'autant plus grave que pour en prendre la mesure il faut, à ceux qui n’ont pas vécu cette époque, effectuer un effort de représentation portant sur des événement qu’ils n’ont pas connus et qu’ils ne peuvent imaginer avec justesse. Dans le meilleur des cas, ils tenteront de faire la synthèse d'une information de plus en plus floue, croissant tant en volume qu’en contradictions, au point que la nature et la somme en défient chaque jour un peu plus les possibiltés d'assimilation par le plus grand nombre.

Des événements plus récents seront pour eux les seuls vrais. Ils relégueront au grenier de l’Histoire et des histoires, où elles seront rapidement recouvertes de poussières puis oubliées, les leçons d’une époque dont romanciers comme historiens se nourriront pour dire ce qui ne sera plus que le fruit de leur imagination.Ce qui confère à cette histoire des français sous l’occupation toute sa valeur est le caractère encore crédible de son contenu, rédigé à peu de distance des événements, par quelqu’un qui y a été personnellement mêlé. Il y est fait appel, non seulement à la mémoire de l’auteur ou au résultat de ses études sur le sujet, mais à de nombreux témoignages, assez frais pour n’avoir pas encore été gâtés par l’âge. Ce devrait être un gage de crédibilité pour les générations futures, une iconographie non négligeable s'y ajoutant.

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Coetzee J-M. - En attendant les barbares

Récit de nulle part et de partout. Des barbares d’hier, d’aujourd’hui, de demain, de toujours, qui ne sont pas forcément ceux que la puissance désigne. Des souffrances : nourriture des bourreaux comme des victimes. Un univers magique, hostile et angoissant, au sein duquel existe envers et contre tout la cité et ses pouvoirs. Un notable, homme parmi d’autres, qui aime, pense et tente vainement de réagir et de préserver sa dignité, sans désespérer totalement. Est-il vraiment le bon parmi les gueux ?

Esotérisme au goût de sable, de cendre et de mort.?

A lire et relire

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Salin Pascal - Français, n’ayez pas peur du libéralisme

Un livre d’une exceptionnelle clarté, écrit par un économiste dont la pensée décapante ignore les idées reçues.

Message d’espérance quelque peu utopique, non pas en raison de l’irréalisme des principes et méthodes enseignées, mais compte tenu du point où est parvenue la France, et bien d’autres pays, dans leur marche vers un collectivisme qui s’ignore le plus souvent.
Il y est démontré, une fois de plus et avec brio, que l’économie est porteuse du social, dans le sens où la création de richesses est indispensable au financement du progrès en tout, et non le contraire. 

Est-ce une nouvelle utopie, que celle qui consiste à penser qu’il pourrait être mis fin à la complicité de politiques et de fonctionnaires de toutes tendances dans la spoliation des actifs, et dont le pouvoir dans l’état repose sur la démagogie pratiquée à l’égard de citoyens trompés, dont l’ignorance n’a d’égal que celle de maîtres qui devraient être leurs serviteurs ? Peut-être pas, car au mieux, une réaction de simple bons sens, dictée par la nécessité, se traduira par une révolution (pacifique ?) au terme de laquelle les valeurs seront remises en ordre ou, au pire, lassés d’être spoliés, les actifs fuiront dans de telles proportions que l’économie des pays concernés y perdra le minimum de dynamique nécessaire à leur existence. La fin de l’URSS est riche d’enseignements à ce propos.

Extraits & citations :
- Que sont la fiscalité et la réglementation, sinon des atteintes au droit des personnes ?
- Toute richesse est nécessairement créée par des efforts humains de travail, d’épargne, d’imagination.
- Les socialistes aiment tellement les pauvres qu’ils n’arrêtent pas d’en créer.
- … certes on ne leur avait pas appris à l’ENA, que les emplois étaient créés par les entreprises et non par les préfets.
- … les incantations permettent de se passer de la compréhension de la réalité.
- … la formation en théorie économique donnée par l’ENA ne contient pas suffisamment d’approfondissement économique pour la plupart de ses étudiants.
- … des gouvernements d’hommes et femmes sans convictions et dont le credo consiste essentiellement à céder aux injonctions d’une bureaucratie syndicale dont la représentation s’arrête presque aux frontières de la fonction publique.
- Les véritables fractures sociales sont, aujourd’hui comme hier, celles qui existent entre d’une part, tous ces hommes et ces femmes, riches ou pauvres, qui travaillent, qui imaginent, qui entreprennent et, d’autre part, ceux qui vivent de transferts et de privilèges ; ce sont celles qui existent entre ces hommes et ces femmes qui gagnent honnêtement leur vie et tous ceux qui s’enrichissent par la corruption ; ce sont celles qui existent entre tous ceux qui respectent la parole donnée dans un contrat privé et ceux qui croient pouvoir oublier leurs promesses parce qu’ils disposent du pouvoir d’Etat. Le vrai fossé, c’est celui qui existe entre une nomenklatura publique, irresponsable et inamovible, et tout ce peuple d’hommes et de femmes actifs qui ont l’angoisse du lendemain : salariés qui risquent de se retrouver au chômage, artisans, petits entrepreneurs suspendus à leurs bilans et menacés par le fisc, travailleurs indépendants dont le sort quotidien dépend de leurs efforts et de leur imagination.
- Chaque emploi est créé par des efforts humains.
- Parmi les préceptes fondateurs de la société française d’aujourd’hui : punissons ceux qui travaillent beaucoup, récompensons ceux qui travaillent peu !
- Ce n’est pas la réduction du temps de travail, mais son augmentation –ainsi que l’allongement de la vie professionnelle– qui permettrait aujourd’hui de résoudre le problème du chômage, de financer la croissance des dépenses de protection sociale et de mieux satisfaire les besoins concrets des individus.
- … la loi de la majorité est préférable à la loi de la minorité.
- Il suffit que les médias, grands spécialistes du larmoyisme social, propulsent un évènement particulier à l’attention des masses pour que se mette en marche la grande machine de la démocratie émotionnelle et compassionnelle.
- Il est tout à fait étonnant que l’on parle continuellement d’une crise du capitalisme –à partir de quelques exemples comme celui d’Enron–, alors qu’on ne parle pas de crise de l’étatisme, bien que celle-ci soit permanente, profonde, généralisée et de grande ampleur.
- C’est par des procédures d’essais et d’erreurs successifs qu’on cherche indéfiniment à améliorer le fonctionnement des organisations privées. Tels est le rôle éminent du marché libre et du capitalisme.
- … nous ne prétendons pas qu’il faut être égoïste, mais seulement qu’on a le droit de l’être et, respectueux des droits d’autrui, que nous ne devons reprocher à quiconque son égoïsme. Je dois me défendre contre celui qui porte atteinte à mes droits légitimes, mais je n’ai pas à lui reprocher son égoïsme éventuel.
- … en France, où la culture de la responsabilité a complètement disparue … on croit qu’il suffit de créer une autorité de régulation ou une quelconque haute autorité, meublée par les hôtes habituels de la nomenklatura politique et syndicale, pour résoudre tous les problèmes.
- … [alors] que nous sommes tous capables, à titre individuel, de distinguer une action libre d’une action forcée … cette distinction fondamentale est totalement évacuée de la réflexion économique dominante à notre époque.
- La situation fiscale actuelle pousse par ailleurs à l’émigration les plus productifs et les plus innovateurs et elle freine l’immigration des plus productifs, ce qui réduit d’autant les possibilités de croissance et la création d’emplois rentables.
- Ce sont les individus qui créent les richesses, l’Etat ne fait que les déplacer, au gré des majorités électorales, favorisant les uns aux dépens des autres et détruisant au passage les mécanismes subtils qui permettent aux hommes d’accorder leurs désirs et de faire croître leurs richesses : c’est ainsi que la politique sociale détruit les emplois.
- La réduction du temps de travail, telle qu’elle a été pratiquée avec la loi des 35 heures … n’est rien d’autre qu’un partage du chômage.
- Il ne peut pas y avoir d’abus dans une société libre, à partir du moment où les droits sont définis et défendus.
- Il faut aider les français à quitter la vision dominante d’inspiration marxiste selon laquelle les citoyens seraient membres de classes antagonistes qui lutteraient pour le partage de la richesse, alors qu’en réalité c’est l’Etat qui avive ces antagonismes en permettant aux citoyens de s’enrichir, non pas par leurs propres efforts de création, mais par leurs efforts pour faire jouer le pouvoir de contrainte de l’Etat à leur profit.
- A propos de l’Europe : Construire une supernation aussi oppressive et spoliatrice pour les citoyens que le sont la plupart des nations actuelles, tel est le rêve de bien des politiciens, qui arrivent même à le faire partager à leurs futures victimes.

Rien d’étonnant à ce que Pascal Salin, décrié par une gauche que scandalise des vérités dénonçant ses erreurs, ait tant de mal à trouver de réels appuis à droite.

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Domenach Jean-Marie - Ce que je crois

Ouvrage d’un authentique libre-penseur & acteur, type même, à mon sens, d’une espèce d’intellectuels engagés en voie de disparition, formés à l’école des épreuves et difficultés d’une époque elle-même en voie de fossilisation. Pas toujours facile à suivre en dépit de la rectitude de sa pensée, fondée sur la foi : En Dieu, en l’Homme, en la Parole.

Extraits :
. Nos sociétés industrielles sont bourrées de croyances désarrimées, qui oscillent d’un bord à l’autre. Les dictateurs [savent] les fixer. Les vendeurs de publicité imprimées, de produits audio-visuels, ainsi que les politiciens s’efforcent d’exploiter ce croyable disponible
. Après 1946, l’intelligentsia française s’était lancée dans une entreprise pathétique pour convaincre le fantôme du peuple de se réincarner. L’une des explications de cette transe collective est probablement que les français ne voulaient pas admettre qu’ils avaient été assez peu résistants. En Yougoslavie, c’est bien le peuple qui avait gagné les montagnes, le peuple organique, avec ses notables, ses prêtres, ses professeurs et ses comédiens. En France ce ne furent que des poignées d’aventuriers ardents, d’aristocrates intransigeants sur l’honneur, et principalement des jeunes gens que le Service du travail obligatoire contraignit à choisir.

. Ça veut dire quoi, aimer la France aujourd’hui? Chaque fois que je rentre des Etats-Unis, je me cogne à ce pays de murs mitoyens, comme disait Paul Nizan, où les grands débats tournent en querelles de concierges (le pipelétisme comme disait Georges Sorel), à cette mesquinerie de fesse-mathieu, à ce conservatisme ignare et à cette bêtise ostentatoire qu’ont fouettés Flaubert et Maupassant car, il faut le dire, si le XIXe siècle couvre d’éloges la grande nation, il est plutôt dur pour la psychologie nationale. Ces niais, ces routiniers, ces casaniers, sont-ce les mêmes qui quittaient leurs hameaux pour aller combattre aux frontières, pour devenir des conquérants, des explorateurs et des missionnaires, et pour donner quelques-uns des beaux exemples de ce que Jacques Berque appelle la générosité anthropologique ? Après avoir traîné leur sac et leurs souliers sur tous les continents, les français se sont ramassés sur l’hexagone, et leurs gouvernements ne leur proposent comme horizon que la gestion prudente de leur petit bonheur. Triomphe des classes moyennes, de ce personnage répugnant du petit bourgeois qui fraude le fisc, pille (le trésor comme) la sécurité sociale, inscrit sa femme au chômage, dérobe ses fils au service militaire mais réclame une dictature à poigne et salue bien bas toutes les polices.

. Lamartine avait décrit l’humanité en marche comme une armée de bûcherons traçant leur route à travers la forêt barbare ; Jaurès avait prononcé l’un de ses plus éclatants discours à la gloire du progrès et de la paix sur le cadavre du dernier loup français abattu en 1913 dans le Tarn, et chacun sait que Pétain avait baptisé un chêne dans la forêt de Tronçais. Le progressiste est quelqu’un qui n’a aucune sympathie pour la sylve et le marécage. C’est pourquoi je me suis tant amusé lorsqu’est arrivé d’Amérique du Nord la mode de l’écologie et que j’ai vu les gauchistes parisiens coller sur la vitre de leur 2 CV Le Larzac aux paysans ! C’est la revanche de Barrès, et de Mistral et de Ramuz, le retour de la nature qu’un progressisme imbécile avait confondue avec la droite. Depuis la fin de la guerre, la France, comme presque tous les pays du monde, s’adonne aux inventions américaines ; et parce que quand cette mode s’implante chez nous, elle a déjà décliné aux Etats-Unis, nous avons l’illusion d’avoir découvert quelque chose. L’écologie, on peut en tirer du bien, même s’il est triste de désigner d’un nom aussi pédant ce qui devrait être le plus simple et le plus spontané des attachements. Cependant, une idéologie née sur un continent peuplé au XIXe siècle et où la nature, presque partout, repousse l’homme, ne saurait convenir, telle quelle, à un pays où les deux tiers des paroisses et des chemins existaient déjà au XIIIe siècle.
. J’en ai assez de demander pardon. Les Assyriens n’avaient pas attendu les maîtres penseurs pour organiser la déportation et le génocide, ni les Incas pour installer le totalitarisme.
. Que ce monde soit violent et sale n’est pas une découverte récente ; Dieu l’a su dès le péché originel, et cela ne l’a pas empêché d’y envoyer le Christ.

Citations :
. « L’enfer, lieu où tout le monde parle en même temps et ne dit plus rien. »
.  « Il y a des gens qui tiennent aux pauvres parce que ça leur permet d’être charitables, d’autres parce que ça leur permet de dire du mal des riches. »
. « Rien n’est plus proche de l’imposture que la poésie. »
. « Partout où la technique avance la parole recule. »
. « Les mots prolifèrent tandis que les langues meurent. »
. « En vieillissant, les hommes se désaccordent, comme les pianos, mais ils restent persuadés qu’ils sonnent toujours juste. »
. « Le bourgeois pense selon les autres, l’homme libre pense selon soi. »
. « Il faut être brouillé avec beaucoup de gens si l’on veut rester fidèle à l’essentiel de ce que l’on croit. »
. « Le meilleur moyen de respecter les pauvres est de ne pas les contaminer. »
. « L’homme se trouve et se grandit dans la mesure où il brise les pièges où l’a enfermé la société sous le prétexte de l’instruire et de l’organiser. »
. « Il est devenu plus difficile de prouver l’existence de l’homme que de prouver l’existence de Dieu. »
. « Jamais la science ne fondera une morale. »
. « Aucune culture n’est supérieure à aucune autre. »
. « Livré aux regards des autres, qui suis-je ? »
. « La bureaucratie n’est pas le contraire de la démocratie, elle est le contraire de l‘organisation. »
. « Ne confondons pas l’insolence avec la liberté. »
. « Le crime majeur de l’intellectuel est de persuader que tout deviendra clair pourvu qu’on devienne intelligent. »

   Néologisme : Mystagogue

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