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Autour d'un livre


Publication, en vrac, de notes de lecture portant sur les sujets et les ouvrages les plus divers, contemporains ou non, en vue d'éventuels échanges avec tous visiteurs intéressés.
Ces mêmes visiteurs sont d'ailleurs cordialement invités à enrichir la présente rubrique de leurs propres réactions concernant des livres mentionnés ou non dans la liste qui suit.

De telles contributions peuvent être proposées par email :

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Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es : Faux adage s'il en est.
Le lecteur est en effet un authentique curieux, qui cherche donc avec éclectisme. C'est pour cela qu'il lit, et tout lui est bon, ou presque. C'est à la lumière de ses lectures qu'il formera son jugement. Or cette recherche n'est jamais finie. La lecture est le moyen – non exclusif il est vrai – auquel a recours qui veut accroître ses connaissances et actualiser ses opinions.

Néanmoins, au-delà du fait de savoir qui est tel ou tel lecteur, leur avis sur leurs lectures peuvent enrichir les textes concernés.
C'est dans cet esprit que cette rubrique est proposée et ouverte à quiconque souhaiterait y contribuer.

Merci

Liste des ouvrages par auteurs et par titres 


Alliot David - D'un Céline l'autre - Témoignages
Amouroux Henri - La grande histoire des français sous et après l'occupation - Chronique
Bottero Jean - Naissance de Dieu - Essai
Coetzee J-M - En attendant les barbares - Roman
Domenach Jean-Marie - Ce que je crois - Essai
Dumolard Dominique - UTOPIES ? - Essai
Erasme - Eloge de la folie - Essai
Fourastié Jean - Pourquoi travaillons-nous ? - Essai
Onfray Michel - Traité d’athéologie - Essai
Salin Pascal - Français, n’ayez pas peur du libéralisme - Essai
De Maistre Xavier - Voyage autour de ma chambre - Essai


Voyage autour de ma chambre - Xavier de Maistre - Commentaire de Claudec

Par les temps qui courent – nous sommes  en janvier 2011 et un journaliste que je préfère ne pas nommer vient de salir sa profession comme les lettres en général –, la meilleure manière d'échapper au plagiat est encore de relire les anciens. S'Ils sont eux aussi souvent des plagiaires, quant au fond ou à la forme, ils le sont d'œuvres et d'auteurs tellement classiques que les en accuser reviendrait à préférer la chicane à la pensée dans ce qu'elle a de salutaire et surtout, à méconnaître que si tout a été dit et écrit, tout doit être sans cesse répété, ne serait-ce qu'en raison de la faiblesse de notre mémoire et de la submersion de ce qui nous est utile par ce qui est facile.

Ainsi De Maistre rappelle-t-il, entre autres, La Rochefoucauld lorsqu'il nous parle de ses miroirs et de l'amour propre ou plus précisément de l'amour de soi-même, qui est bien le plus courant en même temps que le plus grand travers de l'homme (sans oublier la femme). Pages savoureuses en tout cas. Tout comme celles dédiées à Rosine, la chienne de l'auteur, ou la part faite à "l'autre", ce double qui sans être notre conscience ni notre âme, réside en chacun d'entre nous et à qui il arrive de nous agacer comme il a inquiété Edgar Poe.

Bien des écrivains ont usé et parfois abusé du genre employé avec bonnheur par Xavier de Maistre, pour nous livrer des réflexions inspirées par leur quotidien et leur environnement, du plus singulier au plus banal, mais si ce n'est pas son seul mérite, le Voyage au tour de ma chambre a dû, quant à lui, frapper par son originalité et un tour auquel bientôt deux siècles n'ont n'ont rien fait perdre d'une fraîcheur qui rabiboche avec la littérature, lorsqu'il lui arrive de  nous décevoir.


UTOPIES ? - Dominique Dumolard - Editions Les 2 encres - Commentaire de Claudec

« Au cours du XXIe siècle, les individus vont être confrontés à d’importants défis socio-économiques. Il est urgent d’en avoir conscience, de prendre en main notre destinée, celle de nos enfants, sans attendre d’y être contraints par l’arrivée de multiples catastrophes. Les systèmes politiques actuels ne pourront entreprendre les réformes nécessaires pour faire face à ces défis sans l’adhésion des citoyens, sans la pression qu’ils peuvent exercer pour exiger la mise en oeuvre de vrais schémas de société plus justes, plus solidaires, plus responsables. C’est par le biais seul de citoyens éclairés que les changements pourront réellement s’opérer. »

Ce qui me semble manquer, dans cette présentation d'un livre qui prétend exprimer le bons sens, c'est ... le bon sens (bon sens pouvant s'entendre comme acuité de l'observation, de l'analyse et de la synthèse, sur fond de pertinence).
Pourquoi ? D'abord parce qu'il en est comme si rien avait existé avant aujourd'hui. Ensuite, parce qu'il suffit de regarder autour de soi pour constater que :
. Les individus ont toujours été confrontés à d'importants défis socio-économiques ; au point qu'il semble bien que ce soit le sort de l'humanité, depuis qu'elle existe.
. Il a toujours été urgent de prendre conscience de notre destiné ; ce qui n'a jamais empêché l'homme de s'en moquer, en cherchant il est vrai à donner une toute autre impression (d'abord à lui-même) mais en réalité,  comme en atteste les faits et l'histoire dont elle construite,  sans se préoccuper d'autre chose que de ses peurs, de son pouvoir, de sa cupidité et des sollicitations de ses sens (avec leurs innombrables sous-multiples et dérivés).
. S'il était possible de désigner des systèmes politiques ayant par le passé été capables d'opérer des réformes pour relever les défis lancés à l'homme, avec ou sans "l'adhésion des citoyens"
et mis à part le progrès technique – mais ce n'est pas de lui dont il s'agit ici – cela se saurait et peut-être pourrions-nous nous en inspirer.
. La pression des citoyens – dernière expression de l'homme, au même titre que  l'homme pourrait-être l'aboutissement du singe –, éclairés ou non, existe au quotidien (cf. démocratie, suffrage, etc.) Qu'en résulte-t'il ?  Une aggravation incessante de l'égoïsme, de l'irresponsabilité, de la futilité, de la vanité ... individuelle et collective que ne gênent en rien d'aussi nombreuses que vaines protestations.

Dommage, car l'auteur est sympa ... et son message rose et doux comme un rêve.

Patience !!! de telles idées contiennent en germe la révolution indispensable ; la remise à plat qui s'impose, avec ou sans casse... Mais n'est-ce pas cela l'utopie ?

Ce qui  par contre est ni un rêve ni une utopie, c'est que l'homme est engagé, depuis qu'il existe, dans une démarche inéluctable dont la simple observation du passé suffit à laisser prévoir ce que sera l'avenir. 


Pourquoi travaillons-nous ? - J. Fourastié - P.U.F. - 1959 - Commentaire de Claudec

Un livre qui démontre une fois de plus que bien que tout ait été dit et qu'il soit à chaque instant regretté que le savoir de nos anciens ne soit que l'un des feux qui éclairent la route derrière chaque génération – route qui est aussi celle de l'expérience –, Les hommes sont incapables d'user de la mémoire que représentent leurs bibliothèques

Extraits:

Une certaine conception du monde place dans le passé l'âge d'or de l'humanité. Tout aurait été donné gratuitement à l'homme dans le paradis terrestre, et tout serait au contraire pénible et vicié de nos jours. Jean-Jacques Rousseau a donné une couleur populaire et révolutionnaire à cette croyance, qui est restée vive au cœur de l'homme moyen [pour gagner celui du Bobo]: ainsi l'on entend parler de la vertu des produits "naturels" [devenus "bio"] et bien des français [ils ne sont pas les seuls] croient que la vie d'autrefois était plus saine qu'aujourd'hui.

En réalité, tous les progrès actuels de l'histoire et de la préhistoire confirment que la nature naturelle est une dure marâtre pour l'humanité. Le lait "naturel" des vaches "naturelles" donne la tuberculose, et la vie "saine" d'autrefois faisait mourir un enfant sur trois avant son premier anniversaire. Et des deux qui restaient, dans les classes pauvres, un seul dépassait, en France encore et vers 1800, l'âge de 25 ans. (...)
Toutes les choses que nous consommons sont en effet des créations du travail humain, et même celles que nous jugeons en général les plus "naturelles", comme le blé, les pommes de terre ou les fruits. Le blé a été créé par une lente sélection de certaines graminées ; il est si peu "naturel" que si nous le livrons à la concurrence des vraies plantes naturelles il est immédiatement battu et chassé. Si l'humanité disparaissait de la surface du sol [ce qui ne saurait tarder au train où elle va dans bien des domaines], le blé disparaîtrait moins d'un quart de siècle après elle ; et il en serait de même de toutes nos plantes "cultivées", de nos arbres fruitiers et de nos bêtes de boucherie ; toutes ces créations de l'homme ne subsistent que parce que nous les défendons contre la nature ; elles valent pour l'homme ; mais elles ne valent que par l'homme.
À plus forte raison les objets manufacturés, des textiles au papier et des montres aux postes de radio, sont des produits artificiels, créés par le seul travail de l'homme. Qu'en conclure sinon que l'homme est un être vivant étrange, dont les besoins sont en total désaccord avec la planète où il vit ? Pour le bien comprendre, il faut d'abord comparer l'homme aux animaux, et même aux plus évolués dans la hiérarchie biologique : un mammifère, cheval, chien ou chat, peut se satisfaire des seuls produits naturels : un chat qui a faim ne met rien au-dessus d'une souris, un chien, rien au-dessus d'un lièvre, un cheval, rien au-dessus de l'herbe. Et dès qu'ils sont rassasiés de nourriture, aucun d'eux ne cherchera à se procurer un vêtement, une montre, une pipe ou un poste de radio,. L'homme seul à des besoins non naturels.
Et ces besoins sont immenses [et vont croissant, inéluctablement] ...
... la planète sur laquelle nous sommes, sans trop savoir pourquoi ni même s'il y en a d'autres moins inhumaines, est assez peu adaptée à nos aspirations, à nos facultés d'agir, à nos besoins. Elle satisfait libéralement et sans travail à un seul de nos besoins essentiels : la respiration. L'oxygène est le seul produit naturel qui satisfasse entièrement et parfaitement l'un des besoins de l'homme. Pour que l'humanité puisse subsister sans travail, il faudrait donc que la nature donne à l'homme tout ce dont il éprouve le besoin comme elle lui donne l'oxygène. L'eau, il faut déjà la puiser, la pomper et souvent la filtrer.
Cela étant... nous travaillons pour transformer la nature naturelle qui satisfait mal ou pas du tout les besoins humains, en éléments artificiels qui satisfassent ces besoins : nous travaillons pour transformer l'herbe folle en blé, les merises en cerises et les cailloux en acier puis en automobiles.


Eloge de la folie - Erasme - Commentaire de Mycha
 
Erasme l'a écrit en une semaine. Ce fut le best seller européen du début du 16è siècle !
Ce livre a dû, en son temps, en déranger plus d'un, tant il dénonçait, en s'abritant sous les propos de la Folie, combien finalement toutes les actions des hommes en sont empreintes.
Cela pourrait ressembler à un sermon, sauf qu'étant donnée la personne qui parle, ce n'est pas possible. C'est l'affaire d'un homme d'église. En effet il fait parler Moria, la folie, à la première personne. Style tout nouveau pour l'époque.
C'est donc davantage une déclamation qui met en avant tous les travers des hommes, le peu de cas qu'ils font de ce que leur état, leur statut dans la société, exigerait qu'ils fassent. Tout le monde y passe (les commerçants, les juges, les femmes, les hommes vieux et amoureux, les poètes, les savants, les philosophes,...) et cela lui permet d'arriver enfin à ceux qu'ils vise sûrement le plus, à savoir les hommes d'église qu'il n'épargnen pas, utilisant leur propre méthode de discours, la réthorique, mimant les scolastiques...
Il dénonce ainsi combien, par leur comportement, leurs rites, leur attachement aux parures, aux biens terrestres, ils ont dévoyé, et se sont éloignés des évangiles, de la vraie parole du Christ qui est celle de la charité, du dénuement, de l'entière confiance en Dieu.
Ce qui est extraordinaire c'est que la Folie, là, parle avec tant de bon sens ! On ne peut qu'adhérer à son propos.

Il y a beaucoup d'humour, de traits si bien vus, une quête de profonde vérité, de morale authentique !
Fascinant petit livre qui n'est pas si démodé que cela, hélas !

Erasme, grand humaniste, a nourri en quelque sorte Pascal, La Fontaine et La Bruyère. Montaigne même et Shakespeare s'en sont inspirés.

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Traité d’athéologie - Michel Onfray  - Commentaire de Claudec

Ouvrage plus communiste et anticlérical primaire que athée.

Excès de langage faisant de l'athéisme une religion du non-Dieu, aussi radicale et intolérante que les autres, dont l'auteur se fait lui-même grand prêtre, avec tout à la fois l'infaillibilité d'un pape, la violence d'un grand mollah et les certitudes d'un rabbin. Il pontifie tout comme eux, à grand renfort de citations partisanes, de démonstrations réductrices et d'omissions allant de soi. Relents d'intégrisme.

Démontre, s'il en était besoin, que la vanité de ceux qui prétendent se passer des dieux est au moins égale à celle qui habite ceux qui se croient dignes de leur considération.

À plus d'un siècle de distance, c'est une actualisation des attendus de la loi sur la séparation de l'église et de l'état, appliquée à des religions qui n'ont jamais cessé de se faire une guerre sans merci et subissant, de nos jours et comme tout un chacun, les effets de la mondialisation. En tout cas, bien éloigné de la libre pensée, ou du libre examen auxquels prétend l'auteur.
Peut être lu par qui doute de la raison de ceux qui prétendent ne jamais avoir tort.

Claudec - 2004

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Naissance de DieuJean Bottero - Commentaire de Claudec                                                         

Passionnante, cette évocation des Écritures et du rôle joué par le peuple juif dans l'avènement d’un Dieu unique. Bien que le titre de l’ouvrage traduise l’amalgame commode qui fait du franchissement d’un degré supplémentaire de la lente évolution de l’intelligence humaine et de l’imagination qu’elle nourrit, la naissance de Dieu, il s’agit bien du degré supérieur auquel ait été porté le moyen suprême qu’a trouvé l'homme pour calmer ses angoisses existentielles.

Quoi qu’il en soit, il a fallu au peuple juif une certaine assurance pour se croire à ce point élu parmi tous ceux qui formaient alors le monde connu, mais cette vanité bien humaine n'est peut-être pas la seule cause de l'invention d'un Dieu unique. Ainsi étaient évacués les problèmes que n'aurait pas manquer poser l'avènement d'une cohorte supplémentaire de dieux spécialisés : autant de sujets de dispute avec des peuples qui avaient déjà les leurs et vis-à-vis desquels il s’agissait de faire preuve d’une supériorité organisatrice favorisant leur domination.

Il n'en demeure pas moins que l'invention est de taille et qu'elle exprime le pas considérable qu'a franchi l'humanité dans son questionnement, quel que soit le peu de profit qu'elle en a tiré et sans que se soit faite pour autant depuis l'unanimité sur le sujet, bien au contraire.

 Mais cette lecture porte aussi à voir le dieu des juifs comme le produit récupéré d'une maturation laborieuse menée au cours de millénaires par bien d’autres peuples, et réduit la soudaineté de Sa révélation à une forme propre à frapper les esprits. La novation s’en trouve relativisée d’autant qu’aussi spirituellement élevée qu'elle soit, et quels que soient les efforts de ceux qui s’en sont inspirés par la suite –y introduisant des variantes plus ou moins heureuses– il faut considérer :

– Qu'elle s’est manifestée à l’égard d’un peuple, à une époque et dans des circonstances particulières. Que ce peuple et ses descendants se soient considérés comme investis de la mission sacrée de la pérenniser et y parviennent envers et contre tout, n’est la preuve de rien d’autre que de leur conviction et de leur ténacité.

– Que Yahvé –qu'il s'appelle ainsi ou Élohim– soit le Dieu d'Israël et de nul autre peuple, ajoute à la vanité déjà évoquée un égocentrisme qui sans ôter à Sa dimension universelle s’est avéré favorable à des prétentions expansionnistes. Cf. Réflexion précédente à propos de l'intérêt particulier du monothéisme en tant que moyen de parvenir à ses fins pour un peuple conquérant (Dieu n’a-t-il d’ailleurs pas été et ne continue-t-il pas d’être, sous divers noms, l’un des instruments ou le prétexte de bien d’autres conquêtes ?).

– Que le Dieu unique, est célébré en lieu et place de divinités identifiées jusqu’alors, honorées selon les circonstances et le domaine réservé à chacune d’entre elles, mais qu’il en est profondément marqué. En atteste notamment l’offrande qui lui est faite des victoires guerrières – d’Israël puis de bien d’autres nations, de nos jours y compris. Si cela simplifie il est vrai l’organisation du culte, le changement quant au fond est faible et nous sommes encore loin des paroles d’amour, de paix et de sérénité qui seront progressivement introduites dans le message biblique.

– L'effort d'explication des grands clercs ayant pour but de se concilier la cosmologie, les contradictions fondamentales et définitives apportées à la Genèse et à sa cosmogonie par la science sont de ce point de vue sans appel et les efforts d’explication actualisée des textes n’y changent rien.

– Les manifestations pour le moins contradictoires d'une bonté divine prétendument infinie (introduite postérieurement au judaïsme d'origine, comme déjà souligné) que l'histoire et les progrès de la libre pensée ont rendue toujours plus sujette à réserves.

– Que l'Ecclésiaste peut se concevoir tout bonnement comme une subtilité dialectico-théologique apportant, bien après la diffusion des saintes écritures, des réponses aux insuffisances et contradictions de ces dernières, et que le débat ne pouvait et ne peut encore que susciter. L'Ecclésiaste ne renvoie-t-il pas subrepticement le lecteur aux textes d'origine ? Par les questions que soulève le caractère empreint d'humilité ; sceptique, défaitiste, voire négatif, des questions qu'il pose et des réponses qu'il y apporte, l'Ecclésiaste ne fait effectivement que renvoyer son lecteur aux sources (Yahviste, Document sacerdotal, Deutéronome...). Ce lecteur est ainsi habilement conduit à rechercher dans les textes les plus proche de la révélation, pour y trouver sous l’aiguillon d’une angoisse inchangée depuis la nuit des temps, les vraies réponses, celles que la foi seule rend acceptables, le flou dû à la distance trouvant, à défaut d’éclaircissement, ses explications dans les mystères.

Il est probable que les révélateurs de Dieu et leurs continuateurs ont été suffisamment perspicaces pour envisager que surgirait infailliblement, tôt ou tard, le doute quant à la Vérité qu’ils découvraient. C’est vraisemblablement pour cette raison que l'Antéchrist figure parmi les conséquences et manifestations prévisibles de ce doute. Son annonce s’inscrit bien dans le mécanisme qui généra l'Ecclésiaste, correcteur anticipé des incompréhensions, aberrations et dérives bibliques que le progrès et l’intelligence humaine, grands réducteurs de la crédulité et de la superstition finiraient immanquablement par mettre en évidence. Cet Antéchrist n’a pas la tâche facile car il lui faut non seulement être à la hauteur des prophètes qu’il vient contredire mais compter avec le confort des croyances établies. Il est néanmoins aidé par un progrès dont il est permis de penser qu’il porte en lui son arbitrage, pour le meilleur et pour le pire.

De même la fin de la civilisation judéo-chrétienne et de l’humanité entière est programmée. La sagesse sombrant avec les derniers doutes, tout devrait logiquement s’enchaîner pour conduire à l’anéantissement d’un corps désormais sans esprit. Et que cette disparition doive se produire dans l’apocalypse, voilà encore qui a été prévisible, dès lors que le premier péché a été commis et que le bras du premier assassin a été armé. par Qui et Pourquoi ???

Cela dit, la fin de tout ne sera pas pour autant prononcée et il est bien peu probable que la Vérité soit au bout du chemin de l’humanité. L’univers continuera son mouvement imperturbable, en l’absence des hommes, et de leurs dieux, qu’ils entraîneront avec eux dans un oubli cosmique, à la dimension de son immensité, voire de son infini.

Croire c’est rêver et la foi est-elle autre chose que poésie ? Source d’une invention parmi celles auxquelles les hommes ont de tout temps été entraînés par la nature et par leur nature, se différenciant ainsi des autres espèces –dites inférieures–  peuplant la planète. Pluriel ou unique, Dieu n’appartient qu’aux hommes, qui l’honorent selon les circonstances.

Invention suprême en cela qu’elle perfectionne la croyance en une puissance supérieure nécessitée par le besoin d’explication de ses origines manifesté de tout temps par l’être humain qui, comme les autres, naît pour mourir mais en a une conscience affirmée. Invention au demeurant relative, en cela qu’elle ne fait qu’ajouter ou au mieux substituer à une panoplie existante –avec beaucoup de temps et d’ajustements– la notion de Dieu unique. A classer parmi les grandes inventions résultant de l’imagination des hommes, à la différence de plus déductives et plus ou moins subies comme l’agriculture à partir de la cueillette ou l’élevage à partir de la chasse, du feu, de l’électricité, de l’énergie thermique, de la médecine, etc. 

En marge de ce qui précède et concernant le nouveau testament, et son catalyseur Jésus, fils autoproclamé d'un Dieu unique qui éprouvait certaines difficultés à se frayer un passage vers l’esprit des hommes, qu'il soit permis de les voir : celui-là comme le prolongement et la mise à jour nécessaire de l'ancien et Celui-ci comme son propagateur révolutionnaire, ayant fait don de Sa personne à l’humanité souffrante (qui ne le méritait pas davantage à Son époque qu’aujourd’hui), fondateur instrumentalisé d'une secte qui a réussi et produit de nombreux rejets (terme signifiant, au choix : refus ou excroissances).

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Amouroux Henri - La grande histoire des français sous et après l'occupation -  Commentaire de Claudec

Monumental ouvrage de mémoire s’il en est, le talent de journaliste et de chroniqueur de l’auteur s’y exprime de telle façon que je n’ai été à aucun moment distrait de sa lecture. Il s’agit bien de l’histoire d’un peuple, avec ses grandeurs et ses bassesses, telle que je l’ai personnellement et bien humblement traversée, trop jeune pour pouvoir en disserter. J’en resterai donc aux quelques considérations liminaires qui suivent.

Il me reste de cette lecture un sentiment pénible, bien qu'il m'aide à me comprendre moi-même en me faisant percevoir combien j'ai pu être influencé toute ma vie, comme je l’ai déjà dit ailleurs, par ces années de guerre, de violence, de privations, de souffrances de toutes sortes, au demeurant bien plus durement vécues par d'autres que par moi-même. Je ressens un profond chagrin, moins à l'idée rétrospective ou au souvenir de cette époque, traversée avec l'insouciance et l'inconscience d'un enfant, qu'en réaction au sentiment d'un malheur irréparable. L'absurdité de l'homme en ces circonstances, aussi bien par égoïsme que par cruauté; quelles que soient les certitudes au nom desquelles il se soit comporté, me semble avoir franchi, les limites du rachetable. Et rien ne s’est arrangé depuis, bien au contraire.

Ceci me paraît d'autant plus grave que pour en prendre la mesure il faut, à ceux qui n’ont pas vécu cette époque, effectuer un effort de représentation portant sur des événement qu’ils n’ont pas connus et qu’ils ne peuvent imaginer avec justesse. Dans le meilleur des cas, ils tenteront de faire la synthèse d'une information de plus en plus floue, croissant tant en volume qu’en contradictions, au point que la nature et la somme en défient chaque jour un peu plus les possibiltés d'assimilation par le plus grand nombre.

Des événements plus récents seront pour eux les seuls vrais. Ils relégueront au grenier de l’Histoire et des histoires, où elles seront rapidement recouvertes de poussières puis oubliées, les leçons d’une époque dont romanciers comme historiens se nourriront pour dire ce qui ne sera plus que le fruit de leur imagination.Ce qui confère à cette histoire des français sous l’occupation toute sa valeur est le caractère encore crédible de son contenu, rédigé à peu de distance des événements, par quelqu’un qui y a été personnellement mêlé. Il y est fait appel, non seulement à la mémoire de l’auteur ou au résultat de ses études sur le sujet, mais à de nombreux témoignages, assez frais pour n’avoir pas encore été gâtés par l’âge. Ce devrait être un gage de crédibilité pour les générations futures, une iconographie non négligeable s'y ajoutant.

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Coetzee J-M. - En attendant les barbares - Commentaire de Claudec

Récit de nulle part et de partout. Des barbares d’hier, d’aujourd’hui, de demain, de toujours, qui ne sont pas forcément ceux que la puissance désigne. Des souffrances : nourriture des bourreaux comme des victimes. Un univers magique, hostile et angoissant, au sein duquel existe envers et contre tout la cité et ses pouvoirs. Un notable, homme parmi les hommes, qui aime, pense et tente vainement de réagir et de préserver sa dignité, sans désespérer totalement. Est-il vraiment le bon parmi les gueux ?

Esotérisme au goût de sable, de cendre et de mort.?

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Salin Pascal - Français, n’ayez pas peur du libéralisme - Commentaire de Claudec

Livre d’une exceptionnelle clarté, écrit par un économiste dont la pensée décapante ignore les idées reçues.

Message d’espérance quelque peu utopique, non pas en raison de l’irréalisme des principes et méthodes enseignées, mais compte tenu du point où est parvenue la France, et bien d’autres pays, dans leur marche vers un collectivisme qui semble s’ignorer souvent.
Il y est démontré, une fois de plus et avec brio, que l’économie est porteuse du social, dans le sens où la création de richesses est indispensable au financement du progrès en tout, et non le contraire. 

Est-ce une nouvelle utopie, que celle qui consiste à penser qu’il pourrait être mis fin à la complicité de politiques et de fonctionnaires de toutes tendances dans la spoliation des actifs, et dont le pouvoir dans l’état repose sur la démagogie pratiquée à l’égard de citoyens trompés, dont l’ignorance n’a d’égal que celle de maîtres qui devraient être leurs serviteurs ? Peut-être pas, car au mieux, une réaction de simple bons sens, dictée par la nécessité, se traduira par une révolution (pacifique ?) au terme de laquelle les valeurs seront remises en ordre ou, au pire, lassés d’être spoliés, les actifs fuiront dans de telles proportions que l’économie des pays concernés y perdra le minimum de dynamique nécessaire à leur existence. La fin de l’URSS est riche d’enseignements à ce propos.

Extraits & citations :
- Que sont la fiscalité et la réglementation, sinon des atteintes au droit des personnes ?
- Toute richesse est nécessairement créée par des efforts humains de travail, d’épargne, d’imagination.
- Les socialistes aiment tellement les pauvres qu’ils n’arrêtent pas d’en créer.
- … certes on ne leur avait pas appris à l’ENA, que les emplois étaient créés par les entreprises et non par les préfets.
- … les incantations permettent de se passer de la compréhension de la réalité.
- … la formation en théorie économique donnée par l’ENA ne contient pas suffisamment d’approfondissement économique pour la plupart de ses étudiants.
- … des gouvernements d’hommes et femmes sans convictions et dont le credo consiste essentiellement à céder aux injonctions d’une bureaucratie syndicale dont la représentation s’arrête presque aux frontières de la fonction publique.
- Les véritables fractures sociales sont, aujourd’hui comme hier, celles qui existent entre d’une part, tous ces hommes et ces femmes, riches ou pauvres, qui travaillent, qui imaginent, qui entreprennent et, d’autre part, ceux qui vivent de transferts et de privilèges ; ce sont celles qui existent entre ces hommes et ces femmes qui gagnent honnêtement leur vie et tous ceux qui s’enrichissent par la corruption ; ce sont celles qui existent entre tous ceux qui respectent la parole donnée dans un contrat privé et ceux qui croient pouvoir oublier leurs promesses parce qu’ils disposent du pouvoir d’Etat. Le vrai fossé, c’est celui qui existe entre une nomenklatura publique, irresponsable et inamovible, et tout ce peuple d’hommes et de femmes actifs qui ont l’angoisse du lendemain : salariés qui risquent de se retrouver au chômage, artisans, petits entrepreneurs suspendus à leurs bilans et menacés par le fisc, travailleurs indépendants dont le sort quotidien dépend de leurs efforts et de leur imagination.
- Chaque emploi est créé par des efforts humains.
- Parmi les préceptes fondateurs de la société française d’aujourd’hui : punissons ceux qui travaillent beaucoup, récompensons ceux qui travaillent peu !
- Ce n’est pas la réduction du temps de travail, mais son augmentation –ainsi que l’allongement de la vie professionnelle– qui permettrait aujourd’hui de résoudre le problème du chômage, de financer la croissance des dépenses de protection sociale et de mieux satisfaire les besoins concrets des individus.
- … la loi de la majorité est préférable à la loi de la minorité.
- Il suffit que les médias, grands spécialistes du larmoyisme social, propulsent un évènement particulier à l’attention des masses pour que se mette en marche la grande machine de la démocratie émotionnelle et compassionnelle.
- Il est tout à fait étonnant que l’on parle continuellement d’une crise du capitalisme –à partir de quelques exemples comme celui d’Enron–, alors qu’on ne parle pas de crise de l’étatisme, bien que celle-ci soit permanente, profonde, généralisée et de grande ampleur.
- C’est par des procédures d’essais et d’erreurs successifs qu’on cherche indéfiniment à améliorer le fonctionnement des organisations privées. Tels est le rôle éminent du marché libre et du capitalisme.
- … nous ne prétendons pas qu’il faut être égoïste, mais seulement qu’on a le droit de l’être et, respectueux des droits d’autrui, que nous ne devons reprocher à quiconque son égoïsme. Je dois me défendre contre celui qui porte atteinte à mes droits légitimes, mais je n’ai pas à lui reprocher son égoïsme éventuel.
- … en France, où la culture de la responsabilité a complètement disparue … on croit qu’il suffit de créer une autorité de régulation ou une quelconque haute autorité, meublée par les hôtes habituels de la nomenklatura politique et syndicale, pour résoudre tous les problèmes.
- … [alors] que nous sommes tous capables, à titre individuel, de distinguer une action libre d’une action forcée … cette distinction fondamentale est totalement évacuée de la réflexion économique dominante à notre époque.
- La situation fiscale actuelle pousse par ailleurs à l’émigration les plus productifs et les plus innovateurs et elle freine l’immigration des plus productifs, ce qui réduit d’autant les possibilités de croissance et la création d’emplois rentables.
- Ce sont les individus qui créent les richesses, l’Etat ne fait que les déplacer, au gré des majorités électorales, favorisant les uns aux dépens des autres et détruisant au passage les mécanismes subtils qui permettent aux hommes d’accorder leurs désirs et de faire croître leurs richesses : c’est ainsi que la politique sociale détruit les emplois.
- La réduction du temps de travail, telle qu’elle a été pratiquée avec la loi des 35 heures … n’est rien d’autre qu’un partage du chômage.
- Il ne peut pas y avoir d’abus dans une société libre, à partir du moment où les droits sont définis et défendus.
- Il faut aider les français à quitter la vision dominante d’inspiration marxiste selon laquelle les citoyens seraient membres de classes antagonistes qui lutteraient pour le partage de la richesse, alors qu’en réalité c’est l’Etat qui avive ces antagonismes en permettant aux citoyens de s’enrichir, non pas par leurs propres efforts de création, mais par leurs efforts pour faire jouer le pouvoir de contrainte de l’Etat à leur profit.
- A propos de l’Europe : Construire une supernation aussi oppressive et spoliatrice pour les citoyens que le sont la plupart des nations actuelles, tel est le rêve de bien des politiciens, qui arrivent même à le faire partager à leurs futures victimes.

Rien d’étonnant à ce que Pascal Salin, décrié par une gauche que scandalise des vérités dénonçant ses erreurs, n'en trouve pas pour autant de réels appuis à droite.

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Domenach Jean-Marie - Ce que je crois - Commentaire de Claudec

Ouvrage d’un authentique libre-penseur & acteur, type même, à mon sens, d’une espèce d’intellectuels engagés en voie de disparition en occident, formés à l’école des épreuves et difficultés d’une époque elle-même en voie de fossilisation. Pas toujours facile à suivre en dépit de la rectitude de sa pensée, fondée sur la foi : En Dieu, en l’Homme, en la Parole.

Extraits :
. Nos sociétés industrielles sont bourrées de croyances désarrimées, qui oscillent d’un bord à l’autre. Les dictateurs [savent] les fixer. Les vendeurs de publicité imprimées, de produits audio-visuels, ainsi que les politiciens s’efforcent d’exploiter ce croyable disponible
. Après 1946, l’intelligentsia française s’était lancée dans une entreprise pathétique pour convaincre le fantôme du peuple de se réincarner. L’une des explications de cette transe collective est probablement que les français ne voulaient pas admettre qu’ils avaient été assez peu résistants. En Yougoslavie, c’est bien le peuple qui avait gagné les montagnes, le peuple organique, avec ses notables, ses prêtres, ses professeurs et ses comédiens. En France ce ne furent que des poignées d’aventuriers ardents, d’aristocrates intransigeants sur l’honneur, et principalement des jeunes gens que le Service du travail obligatoire contraignit à choisir.

. Ça veut dire quoi, aimer la France aujourd’hui? Chaque fois que je rentre des Etats-Unis, je me cogne à ce pays de murs mitoyens, comme disait Paul Nizan, où les grands débats tournent en querelles de concierges (le pipelétisme comme disait Georges Sorel), à cette mesquinerie de fesse-mathieu, à ce conservatisme ignare et à cette bêtise ostentatoire qu’ont fouettés Flaubert et Maupassant car, il faut le dire, si le XIXe siècle couvre d’éloges la grande nation, il est plutôt dur pour la psychologie nationale. Ces niais, ces routiniers, ces casaniers, sont-ce les mêmes qui quittaient leurs hameaux pour aller combattre aux frontières, pour devenir des conquérants, des explorateurs et des missionnaires, et pour donner quelques-uns des beaux exemples de ce que Jacques Berque appelle la générosité anthropologique ? Après avoir traîné leur sac et leurs souliers sur tous les continents, les français se sont ramassés sur l’hexagone, et leurs gouvernements ne leur proposent comme horizon que la gestion prudente de leur petit bonheur. Triomphe des classes moyennes, de ce personnage répugnant du petit bourgeois qui fraude le fisc, pille (le trésor comme) la sécurité sociale, inscrit sa femme au chômage, dérobe ses fils au service militaire mais réclame une dictature à poigne et salue bien bas toutes les polices.

. Lamartine avait décrit l’humanité en marche comme une armée de bûcherons traçant leur route à travers la forêt barbare ; Jaurès avait prononcé l’un de ses plus éclatants discours à la gloire du progrès et de la paix sur le cadavre du dernier loup français abattu en 1913 dans le Tarn, et chacun sait que Pétain avait baptisé un chêne dans la forêt de Tronçais. Le progressiste est quelqu’un qui n’a aucune sympathie pour la sylve et le marécage. C’est pourquoi je me suis tant amusé lorsqu’est arrivé d’Amérique du Nord la mode de l’écologie et que j’ai vu les gauchistes parisiens coller sur la vitre de leur 2 CV Le Larzac aux paysans ! C’est la revanche de Barrès, et de Mistral et de Ramuz, le retour de la nature qu’un progressisme imbécile avait confondue avec la droite. Depuis la fin de la guerre, la France, comme presque tous les pays du monde, s’adonne aux inventions américaines ; et parce que quand cette mode s’implante chez nous, elle a déjà décliné aux Etats-Unis, nous avons l’illusion d’avoir découvert quelque chose. L’écologie, on peut en tirer du bien, même s’il est triste de désigner d’un nom aussi pédant ce qui devrait être le plus simple et le plus spontané des attachements. Cependant, une idéologie née sur un continent peuplé au XIXe siècle et où la nature, presque partout, repousse l’homme, ne saurait convenir, telle quelle, à un pays où les deux tiers des paroisses et des chemins existaient déjà au XIIIe siècle.
. J’en ai assez de demander pardon. Les Assyriens n’avaient pas attendu les maîtres penseurs pour organiser la déportation et le génocide, ni les Incas pour installer le totalitarisme.
. Que ce monde soit violent et sale n’est pas une découverte récente ; Dieu l’a su dès le péché originel, et cela ne l’a pas empêché d’y envoyer le Christ.

Citations :
. « L’enfer, lieu où tout le monde parle en même temps et ne dit plus rien. »
. « Il y a des gens qui tiennent aux pauvres parce que ça leur permet d’être charitables, d’autres parce que ça leur permet de dire du mal des riches. »
. « Rien n’est plus proche de l’imposture que la poésie. »
. « Partout où la technique avance la parole recule. »
. « Les mots prolifèrent tandis que les langues meurent. »
. « En vieillissant, les hommes se désaccordent, comme les pianos, mais ils restent persuadés qu’ils sonnent toujours juste. »
. « Le bourgeois pense selon les autres, l’homme libre pense selon soi. »
. « Il faut être brouillé avec beaucoup de gens si l’on veut rester fidèle à l’essentiel de ce que l’on croit. »
. « Le meilleur moyen de respecter les pauvres est de ne pas les contaminer. »
. « L’homme se trouve et se grandit dans la mesure où il brise les pièges où l’a enfermé la société sous le prétexte de l’instruire et de l’organiser. »
. « Il est devenu plus difficile de prouver l’existence de l’homme que de prouver l’existence de Dieu. »
. « Jamais la science ne fondera une morale. »
. « Aucune culture n’est supérieure à aucune autre. »
. « Livré aux regards des autres, qui suis-je ? »
. « La bureaucratie n’est pas le contraire de la démocratie, elle est le contraire de l‘organisation. »
. « Ne confondons pas l’insolence avec la liberté. »
. « Le crime majeur de l’intellectuel est de persuader que tout deviendra clair pourvu qu’on devienne intelligent. »

   Néologisme : Mystagogue

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David Alliot - D'un Céline l'autre - Commentaire de Claudec

Céline vu autrement - Un homme libre ? - A quel prix !
Et si Céline devait sa célébrité, davantage encore qu'à son originalité et à son talent, à l'engouement d'une intelligentsia prompte, à son époque comme depuis, à porter au pinacle ce qui est nouveau, pourvu que l'opinion en soit offusquée et que le business y trouve son compte ? Il faut bien admettre en tout cas que tout autant que de nos lettres, il est peu d'auteurs qui auront fait à ce point le bonheur et la prospérité de tant d'acteurs de l'édition, auxquels s'ajoutent maintenant les commissaires priseurs, à en croire les prix auxquels ont été adjugés les moindres de ses griffonnages lors de récentes ventes aux enchères.
Une bonne façon de se faire une idée est de lire l'excellent ouvrage de David Alliot, "D'un Céline l'autre". Valant les biographies les plus fouillées, cette somme impressionnante de témoignages, tant par le nombre que par la qualité, ne pourra qu'être appréciée, non seulement des célinistes mais des curieux de l'évolution de notre littérature au cours du siècle écoulé, de même que de ceux qu'intéresse plus simplement l'histoire de la France sous l'occupation. Si ce livre est particulièrement précieux pour parfaire l'idée d'un Céline encore difficile à situer, dès lors qu'il s'agit d'aller au-delà de son style, il laisse pourtant en suspens nombre d'interrogations :
L'originalité de Céline était-elle naturelle ou forcée ? Que doit-elle à une mode intellectuelle influencée par le Front populaire, possible vulgarisateur d'un langage argotique dont Céline use d'ailleurs moins que d'un vocabulaire qu'il crée , même s'il s'en inspire. Dire qu'il préfère manifestement inventer sa propre langue, à base de la gouaille parigote qui lui donne des allures d'argot, serait plus juste. À cet égard, comme sa pratique de l'argot, la comparaison avec Rabelais à laquelle n'hésitent pas à se hasarder certains de ses contempteurs, est sujette à réserves et il suffit de penser à sa frugalité pour la relativiser ; langage populaire, affecté ou non, n'est pas truculence.
Céline s'est-il exprimé avec toute la liberté qui lui est généralement prêtée ou a-t-il été prisonnier de son rôle ? Peut-être aussi était-il de bon ton, dans un milieu artistique et intellectuel revendiquant, parfois jusqu'à l'imposture, des origines, voire une culture faubouriennes, de faire peuple, en précurseurs de bien des bobos d'aujourd'hui, dont certains n'ont pas manqué, avec un succès inégal, de lui emprunter son style. Ce pouvait être aussi, afficher ce parisianisme dont ont toujours été préoccupés les artistes les moins maniérés. S'expliqueraient de la sorte, au moins pour partie, liberté de mœurs comme de pensée ou de langage.
Léautaud a-t-il tort quand il qualifie le style de Céline de fabriqué ? Même s'il se trompe lourdement quant au manque d'avenir qu'il promet à ses écrits. Toujours est-il que ceux-ci ont indéniablement marqué plusieurs générations de lecteurs comme d'écrivains, par cette forme qui, renchérissant sur le fond, exacerbe les sentiments exprimés.
En tout état de cause, "D'un Céline l'autre" permet de compléter et de préciser ne serait-ce que des impressions, parmi lesquelles le sentiment qu'un auteur, servi par des circonstances qui s'y sont particulièrement prêtées, s'est composé sa vie durant un personnage que son succès littéraire l'a grandement encouragé à endosser puis à cultiver avec conviction et assiduité.
Quant à l'antisémitisme de Céline, il paraît, avec le recul du temps, être surtout une provocation servie par l'abus de langage chez lui fréquent mais qui, dans le contexte de l'époque, l'a piégé et placé dans une situation qu'ont aggravée et en quelque sorte consolidée des pamphlets dans lesquels la gesticulation verbale tient souvent lieu d'arguments. En fait, l'antisémitisme de Céline ne relevait-il pas d'un ressentiment à caractère personnel, davantage que de considérations socio-culturelles et économiques ?
Une réactivité extrême, qualifiée de fulgurance par certains, est présente chez Céline, au point de constituer une des traits majeurs de sa pensée et de le faire passer pour un oracle. Mais Céline ne fut-il pas avant tout et simplement, un anticonformisme, inquiet, anxieux, taraudé par les épreuves qu'il a connu à la guerre, outre la misère côtoyée au quotidien dans son exercice de la médecine de dispensaire ? Maladivement excessif et agité. Il est à la fois visionnaire, lucide et affabulateur comme se doit de l'être un romancier. Il est aussi un comédien prisonnier de son personnage de fiction, sous l'effet du pouvoir que lui confèrent un succès de librairie et une notoriété qui autorisent les pires extravagances chez nombre de ceux qui, en étant atteints, s'en font un outil de communication. Il est aussi influencé en même temps que servi, par cet entourage dont les membres partagent les affectations et le snobisme de l'époque : la Butte, la bohème, comme une fantaisie provocatrice, exacerbée par le souvenir de 14-18, la défaite de 39-40 et l'ordre imposé par les derniers vainqueurs ; par le populisme comme par des convenances littéraires et plus largement artistiques.
Céline se révèle être aussi un besogneux méticuleux, un révolté par compassion et un insurgé permanent, trop soucieux de son propre quotidien pour aller jusqu'à l'anarchie. Le choix du Danemark pour y cacher son magot, bien avant, semble-t-il, qu'il soit menacé par la résistance ou le naufrage du Reich, n'est-il pas, autant qu'une démonstration de l'aptitude de Céline à pressentir l'évènement, la preuve de la reconnaissance par lui-même de prises de positions dont il mesurait parfaitement la portée comme les conséquences ?
Il en est depuis comme si les inconditionnels de Céline comme de bien d'autres écrivains et artistes, succombaient au charme de ce qui est de l'agitation, oubliant que la sérénité est la première exigence de la lucidité prêtée à nombre d'entre eux, dont Céline précisément. Pourtant, qu'une curiosité d'ordre littéraire, sociologique, voire anthropologique puisse porter à considérer de tels individus comme dignes de l'intérêt qui leur est porté est une chose, l'originalité de leurs styles respectifs en est une autre, en faire des héros des lettres, fut-ce au nom du progrès, en est une autre encore.
Notons enfin que si Céline était à la recherche d'une plus grande simplicité du langage, comme en atteste le détail révélateur qu'est son avis sur l'emploi du point-virgule (;), opinion dont il n'a d'ailleurs pas l'exclusivité, il est permis de s'interroger quant à la mesure dans laquelle il y parvient. En effet, ceux qui ont fait son succès, tant par l'éloge que par le dénigrement, ont appartenu à un cénacle ; ont représenté une élite ne devant en aucun cas être confondue avec le peuple au nom duquel Céline se serait exprimé en transcrivant son parler. En tout cas, pour ceux qui l'ont abordé et le lisent encore sans préparation littéraire suffisante, Céline n'a jamais été d'un abord facile.
Certes, si Céline a été le plus ou moins naïf inventeur d'un nouveau langage, il a été aussi le propagateur simpliste d'une idéologie simplissime, dont il reconnaît finalement, sous l'effet de sa compassion, rugueuse et travestie, à l'égard de toutes les misères du monde, le caractère condamnable. De quoi mettre en évidence une facette plutôt favorable du personnage.

Extraits et citations de Céline, lui étant attribuées par l'auteur de l'ouvrage et les témoins auxquels il se réfère.
« Comment se fabriquent, je vous demande, les idoles dont se peuplent tous les rêves des générations d'aujourd'hui ? Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle, peuvent-ils se muer en dieux ?... déesse ? recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en deux mille ans ?... Publicité ! » Céline
« ... il me semble à bien peser que 35 heures c'est le maxumum par bonhomme et par semaine ... » Céline
« Le niveau français, c'est la boîte à ordures ... » Céline
« La vie est une aventure dont on ne sort pas vivant. » Céline
« Le monde est parti pour des guerres féroces,de plus en plus féroces. Pas près d'en finir. Maintenant c'est la guerre civile entre blancs. Après ce sera la guerre des races... la vraie, la définitive. » Céline
« ... les vaincus ont toujours tort et la droite ne ramasse jamais ses blessés. » Céline
« Les morts veulent-ils entendre autre chose que : au revoir, à bientôt. » Céline
« J'avoue que je serai content quand je mourrai. Mais de la mort la moins douloureuse. Je suis pas assoiffé de souffrance. » Céline
« Il y a ceux qui créent, et puis ceux qui vivent. On ne peut pas faire les deux à la fois. » Céline
« La liberté n'existe que pour ceux qui sont complètement détachés du monde. qui s'en foutent.Mais cela, le monde ne le supporte pas, et le considère même comme le pire crime. » Céline
« Il faut choisir : vivre ou travailler. Ils veulent vivre les cons. Moi je travaille. » Céline
« Il faut être bien membré pour produire quelque chose. Bien membré ... » Céline
« Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture. » Céline

« Ce n'est pas la masse qui fait les grandes révolutions morales où se retrempe l'âme d'un pays, mais une petite élite »(Darquier de pellepoix)
« ... maniaque de l'originalité, un homme qui se voulait déconcertant à n'importe quel prix ; très fort d'un point de vue théorique, mais incohérent ... » (Eitel Friedrich Mœllhausen)
« Je crois pouvoir assurer que le sentiment dominant de Céline, devant le spectacle du monde actuel, était le désespoir, à condition qu'on attache à ce mot rien de grimaçant ni de convulsif, et que l'on comprenne qu'il peut y avoir un désespoir noir et serein, celui qui vient conclure logiquement les réflexions d'une pensée droite, probe et forte. » (Abel Bonnard)
« Il faut que je me dépêche de l'évoquer encore, car son image s'efface. Du moins son image vraie, que remplace progressivement sa légende. Et demain l'horizon littéraire du XXe siècle sera dominé par un faux Céline, qu'il aura suscité lui-même, moitié avec ses livres, où traine, ricane, bêtifie et tempête bien sincèrement le malin Bardamu, sous son masque d'énergumène, moitié avec le personnage de tragi-comédie que Louis Destouches, pour tromper ses semblables, a joué durant les quinze dernières années de sa vie. C'est un homme qui s'est mis en colère et puis qui a pris peur. » (Robert Poulet)
« Ce misanthrope aimait qu'on lui fournit l'occasion de se justifier. » (Louis-Albert Zbinden)
« En lui je vénérais la Pauvreté, le prestige du Martyre. » (Marcel Jouhandeau)
« Il y avait d'un côté les artistes – l'art étant inséparable de la souffrance, donc très peu de monde – et de l'autre côté l'innombrable et malheureux troupeau des jouisseurs bourrés d'illusions et marchant au clairon. » (Jacques d'Arribehaude)


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