Des
différences de détail peuvent exister
entre
les extraits fournis ci-après et le contenu des ouvrages
pupliés, en
raisons de corrections, ajouts et suppressions.
Contes
& histoires pour les
petits et les grands
Contes,
récits et nouvelles
Parmi les
définitions
officielles
de la nouvelle en tant que genre littéraire, celle du
Vocabulaire des
études
littéraires, de Hachette, en vaut bien une autre.
C’est un « récit
centré en
général autour d'un seul
événement dont il étudie les
répercussions
psychologiques ; personnages peu nombreux qui, à la
différence du
conte, ne
sont pas des symboles ou des êtres irréels, mais
possèdent une réalité
psychologique : cependant, à la différence du
roman, leur psychologie
n'est pas
étudiée tout entière, mais simplement
sous un aspect fragmentaire. La
nouvelle
cherche à produire une impression de vie
réelle.»
Le
conte, lui, s’éloigne de la
vie réelle, comme si cette dernière ne suffisait
pas à nourrir notre
imaginaire, ou plus exactement, comme si notre besoin de rêve
exigeait
une
fiction affranchie des banalités de l’existence au
point d’accepter le
plus
invraisemblable, le plus insolite, le plus merveilleux.
L’histoire
– et non pas l’Histoire –, selon Claudec,
c’est un peu tout cela à la
fois, échappant aux définitions
recherchées, savantes et
précises.
C’est
ce qu’évoquent pour lui les
enfants lorsqu’ils demandent :
— Raconte moi une
histoire.
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Table
des matières et extraits
Avertissement
Le loup va mourir… Il est presque
mort ! Rien d’étonnant, ils en ont tous
tellement
peur ! Mais ils ont
peur de tout et je suis bien un peu comme eux, moi qui crains que Harry
soit
en train de l’achever pour prendre sa place, avec
l’aide de sorciers
venus d’ailleurs…
La charrette engloutie
… Pour l’heure, courbé en avant,
appuyé sur son bâton, sa longue moustache grise
dégoulinant de pluie en
dépit
de la protection que lui offrait le rebord de son large chapeau de
feutre sans
couleurs, il marchait sur le chemin du retour suivi du Bossu, son
valet.
C’était un pauvre bougre de l’assistance
qu’ils avaient recueilli tout
gamin il
y aurait bientôt vingt cinq ans. Difforme, jamais malade,
pratiquement
muet,
dur à la tâche, il aidait sans rechigner
à tous les travaux que les
saisons
enchaînaient. Pour l’heure, trempé
jusqu'aux os, sous son béret qui le
coiffait
comme une calotte, il marchait dans les pas de son
maître….
Le meuble à
secret
... Ce qu’ils avaient par contre
découvert, c’est que ce meuble avait un secret.
Durant une de ses
longues
absences, notre capitaine avait en effet omis d’en fermer
à clé le
couvercle,
comme il le faisait habituellement. Le plus audacieux des trois enfants
en
avait profité pour essayer de satisfaire sa
curiosité mais ce fut peine
perdue.
Le meuble ne contenait apparemment rien d’autre que des
objets dont la
banalité
ne pouvait expliquer le fait que le grand-père fit preuve
d’autant de
discrétion pour l’ouvrir. Que pouvait-il donc
renfermer ? Quel objet
contenait-il donc, dont la taille devait être assez
réduite pour y
trouver place ?
De l’argent, de l’or, des pierres
précieuses ? Quelque carte
marine aux
inscriptions énigmatiques, nécessaire au voyage
qui allait s’accomplir
? Une
arme, dont l’aventurier jugeait utile de se munir pour faire
face à des
dangers imprévisibles et à propos desquels il ne
voulait pas inquiéter
les
siens. À moins qu’il se soit agi
d’instructions hautement
confidentielles
concernant le chargement ou la destination du navire qui
l’attendait à
quai,
prêt à larguer les amarres…
Une vie de chien
… Lorsque certain de son propre
réveil il eut pris sa décision, il jeta sur la
salle et ses occupants
un oeil à
la fois curieux et distrait et il me sembla même
qu’il fit semblant de
ne pas
me remarquer, moi qui était pourtant son plus proche voisin.
Toujours
allongé sur le flanc,
après avoir étiré ses quatre membres
avec une majesté nonchalante qui
rappelait
celle du lion achevant sa sieste, il se laissa tomber de la banquette.
D'un
imperceptible balancement de tout le corps, dont la maîtrise
fit naître
chez
moi ni plus ni moins que de l'admiration, il bascula pour se recevoir
en
souplesse sur le sol carrelé. Il y fit deux ou trois
exercices de mise
en forme
: élongation des pattes avant dans un premier temps, des
postérieures
ensuite,
puis passa à une toilette qui consista en un grattement
consciencieux
de ses
flancs et de ce qu'il pouvait atteindre de son ventre et de ses
oreilles, le
tout suivi d'un vigoureux ébrouement, probablement
destiné à partager
les puces
qu'il avait pu déranger…
Châteaux en
Périgord
... Bien des lieux s’offraient à Sa
vue, qui Lui parurent mériter de porter les joyaux dont Il
était pourvu
et il
serait fastidieux de les décrire. Qu’il nous
suffise de considérer
qu’Il les dota
l’un après l’autre avec un soin et un
goût dont Lui seul était capable.
Fontainebleau, par exemple : qui a jamais vu un château mieux
composé
et
disposé ; au centre d’une vaste
forêt, avec ses jardins, ses
cours pavées
et ses pièces d’eau ? Et Saint-Germain,
perché sur ses hauts, dominant
le pays
alentour ? Et Pierrefonds, dissimulé au fond de ses sombres
futaies, ce
qui
convient si bien à sa
sévérité, en dépit des
efforts discutables d’un
certain
Viollet-le-Duc pour le mettre en lumière ? Et Chantilly, se
donnant
avec succès
les airs d’un grand, avec ses vastes esplanades, ses immenses
prairies
et sa
forêt proche ? …
Les marmites
… Les chaises paillées,
éléments
volants du mobilier, étaient disposées en divers
endroits de la pièces
ou aux
extrémités de la table dans la
journée, et faisaient le plus souvent
face au
foyer le soir, à l’heure de la veillée.
C’était cet heureux moment, que
la
plupart des enfants comme les adultes ne connaissent hélas
plus, durant
lequel
la famille et parfois les voisins se retrouvaient pour
échanger les
derniers
ragots ou écouter quelqu'histoire contée par un
ancien. Quand l’automne
était
venue, les châtaignes brûlantes occupaient les
doigts de l’auditoire.
C’était aussi,
parfois, l’occasion de confectionner
l’ancêtre du pop-corn,
ces grains de maïs éclatés dans la pelle
à cendre, tenue
sur la braise par le veinard qui avait ainsi le droit chichement
accordé de toucher au feu…
…
La plus encombrante des
marmites, le peyrol,
avait sa place dehors, à proximité du perron.
Elle servait à cuire la
nourriture du cochon et des oies et en particulier le maïs
destiné au
gavage de
ces dernières. Reposant sur trois grands pieds entre
lesquels était
directement
fait le feu, elle était comme une cousine
éloignée des autres marmites
du ménage. Elle
en vivait à l'écart, au pied des marches qui
donnaient sur la cour.
C’est dans cette
grande marmite que, selon le grand-père, Cornecul faisait
bouillir de
l'eau à
sa manière, lorsqu'il lui arrivait de laisser
s'éteindre son feu ou
quand il
manquait d'allumettes. Un sacré débrouillard ce
Cornecul ! Un malin
comme il
n'en existe plus ! …
Le pain des pauvres
... il sortait de sa poche puis tendait
les cartes d’alimentation à la
boulangère en demandant :
— Est-ce que
je peux
avoir du pain s’il vous plaît ?
La
femme, bien que sachant que
les tickets n’auraient pu être utilisés
chez un de ses concurrents,
vérifiait
leur existence avant de prendre ses vieux ciseaux de coiffeur couverts
de
points de rouille noircie. Ces ciseaux étaient bien commodes
pour
découper les
tickets dans les cartes d’alimentation, à cause de
la précision que
leur
conféraient leurs extrémités pointues.
Ils étaient pour cette raison en
usage
chez la plupart des commerçants.
Elle
demandait après sa rapide
vérification :
—
Vous avez droit à trois cents
grammes, c’est çà que tu veux ? Des
fois qu’un heureux coup du sort,
une
rentrée d’argent aussi subite
qu’invraisemblable, lui eut permis
d’acheter un
supplément au prix fort…
Le loup de la Double
… C’était un grand escogriffe de
loup, tout efflanqué, qui avait commis de nombreux
méfaits dans la
région. Il y
avait gagné quelques plombs, servis par tous ceux qui ne
voulant rien
savoir
des raisons qui l'animaient, se contentaient de lui donner la chasse.
L'accueil
était partout le même et la malheureuse
bête était comme condamnée à
la
férocité par ceux-là mêmes
qui la lui reprochaient et avaient à s'en
plaindre.
Ils ne tenaient aucun compte, quand elle s'en prenait à
leurs
troupeaux, de ce
qu’elle avait, tout comme eux, une famille à
nourrir.
C'était
l’hiver ; il faisait un
froid à fendre les cailloux et mon charbonnier de
grand-père était tout
occupé
à abattre des arbres du côté de Saint
André. Il s'était levé de bon
matin, alors
qu’il faisait encore nuit noire, avait
réchauffé son café aux braises
de la
veille sur lesquelles il lui avait suffit de souffler pour
qu’elles
luisent à
nouveau et dégagent leur bonne chaleur. Son breuvage
avalé, il s'était
mis à
l’ouvrage au petit jour...
Le curé du Simplon
express
… Puis Dieu et le diable furent à
leur tour évoqués. Même puissance,
même omniprésence. Et si la victoire
du
premier sur le second est promise, il sera malaisé de
s’y reconnaître,
tant le
monde est indifféremment soumis aux deux. L’homme
est en tout cas dans
l’impossibilité, de distinguer entre un Dieu
tentant sa créature pour
l’éprouver dans la liberté
qu’Il lui a laissé de se déterminer, et
le
malin –
qui ne peut être qu’une invention du
Créateur de toute chose – la
poussant à
pécher. Mon vieux curé ne cachait pas les
questions qu’il se posait à
ce sujet
encore à son âge. Il m’engageait
à faire de même et à
réfléchir sur le
fait que
Dieu et le diable non seulement n’existent que l’un
par l’autre mais
pourraient
bien être la même chose. De même du bien
et du mal, sauf que – si j’ai
bien
compris – Dieu,
créateur des deux, s’en
remet assez commodément à Satan pour assumer le
pire. Je me trouvais en
tout cas
d’accord avec lui quant au profond mystère dans
lequel sont tenus les
hommes en
ce qui concerne les modalités de leurs rapports à
ce propos…
Portrait d'acteur
… Il eut d’abord droit à une
audition qui se déroula lamentablement. Il fut incapable,
paralysé par
l’appréhension, d’obtenir de ses cordes
vocales autre chose que des
sons d'une
banalité désarmante. Son examinateur, un baryton
imbu de sa personne et
de son
organe, et de ce fait porté à une
sévérité excessive, en
déduisit que
la
réputation dont il jouissait était amplement
usurpée. Il lui accorda
pourtant
le bénéfice du doute et consentit à
l'accueillir parmi les apprentis
comédiens
à qui il servait de cicérone.
Des
quelques métiers qu’il avait
eu l’intention d’embrasser, ceux d’acteur
et de chanteur lui parurent
aussitôt
les plus enviables. La fantaisie lui semblait s’y
mêler au sérieux et
l’idée
même de représentation, avec
son goût de gloire et de
célébrité, le
séduisait. Il se voyait déjà sur
l’avant scène, saluant bien bas un
public qui le
lui rendait par un tonnerre d’applaudissements…
Compte à
rebours
…
Cette pendulette était une de
ces méchantes inventions luminescentes qui vous agressent en
vous
jetant aux
yeux les bâtons phosphorescents avec lesquels elles composent
leurs
chiffres. Si
le sommeil l’emportait trop lentement, il lui arrivait de
lutter contre
son
insomnie en contemplant leur sempiternel mouvement, bien
qu’il fut un
peu
éloigné pour sa vue déficiente. Les
secondes s’écoulaient au rythme du
clignotement d’un simple point et il se concentrait sur le
jeu des
bâtonnets
qui passaient d’une combinaison à
l’autre, de minute en minute puis
d’heure en heure, au rythme de ce clignotement. Ce
n’était jamais sans
éprouver
un certain malaise qu’il se livrait à cette sorte
de jeu. Il songeait
que si l'élaboration sans cesse recommencée de
chacun des chiffres de 1
à 12 le distrayait, elle était un
rappel du fait que lui-même se rapprochait
irrémédiablement de sa fin à
chacun
de leurs mouvements les plus ténus ; de cet ultime instant
où leur
danse
perdrait toute signification pour lui…
Les goélands
… L'alignement, connu des seuls
initiés et que nous avait indiqué un marin de
Grandcamp, passait par le
sommet
d'une roche émergente le long de laquelle gisait un
énorme canon de
marine, à
peine reconnaissable tant il était couvert de
concrétions et d’algues,
et une
tourelle située à l'angle ouest de la
fortification, le tout à moitié
enfoui
sous les ruines d'un pan de mur. Il fallait veiller avec la gaffe
à ce
que la
quille n'aille pas flirter de trop près avec les cailloux
entre
lesquels elle
avait tout juste la place de glisser.
Une
fois franchie cette passe, le
bateau était enfermé dans des
éboulements de pierres grises et les
restes d’un
quai qui semblaient suinter encore de la sueur des hommes qui avaient
extrait
les unes pour construit l’autre. Longs de quelques trente
mètres et
larges de
dix à peine, ces vestiges de bassin offraient quelques
anneaux qui
n’étaient
plus là que pour le décor, figés dans
leurs supports par la rouille. Il
permettaient néanmoins aux rares bateaux qui s'aventuraient
dans cet
abri
précaire de s’y amarrer…
Le Grand Colombier
… Il était tôt dans la saison et
les dégâts de l’hiver
n’avaient pas encore été tous
réparés. Le
revêtement de
la route que j'empruntais, en parfait état
d’abord, se transforma
progressivement,
en quelques kilomètres à peine, en un mauvais
chemin rocailleux,
escarpé et
raviné par l'eau qui sourdait de toute part. Le passage
devenait tout
juste assez
large pour ma voiture mais je m'entêtais à
l'emprunter, poussé par ma
curiosité
et tant était superbe le paysage que je
découvrais au fur et à mesure
que je
m'élevais. A chacun des virages en épingle
à cheveux que je devais
franchir –certains
étant tellement serrés qu'ils m'obligeaient
à m'y reprendre à deux
fois–, mon
regard portait plus loin. À l’est, la vue
complète de la chaîne des
Alpes
s’offrait à mon regard, couronnée de
sommets étincelants alternant avec
les
gigantesques créneaux de remparts faits pour abriter des
titans. La
neige et la
roche, les pâturages et les forêts, faisaient un
patchwork qui
s'étendait à
l'infini et sur lequel s’agitaient, comme de minuscules
insectes, des
véhicules, des animaux et des hommes. Le soleil projetait la
silhouette
mouvante de quelques gros nuages d'un blanc éclatant qui
parcouraient
la
campagne, estompant de leur ombre les couleurs des villages qu'ils
survolaient
dans leur voyage. Le tout avait l'aspect charmant mais trop
parfaitement net de
ces décors plantés pour y faire circuler les
petits trains
qu'affectionnent
tant les enfants... et quelques grandes personness…
L'implant
…
L’un de ses collègues, qui lui
avait toujours semblé des plus sensés, lui avait
raconté l’histoire de
cette
femme, proche amie de son épouse, qui avait due
être internée et subir
une
longue cure pour se débarrasser de pulsions inqualifiables
qui lui
faisaient
commettre des actes démentiels bien que sans
gravité, comme vouloir à
tout prix
remplacer un mannequin dans la vitrine d’une modiste, prendre
le volant
à la
place d’un chauffeur de taxi sagement garé en
attente du client,
marcher sur
les mains en plein boulevards, manger sa soupe avec une fourchette,
etc. ;
manifestations d’une démence plutôt
douce mais avérée, et
systématiquement
précédées de violentes douleurs dans
le bas-ventre. Dans ce cas comme
dans le
sien, aucun des nombreux examens pratiqués ni des
traitements appliqués
n’avaient
permis d’obtenir la moindre amélioration. De la
même manière, si rien
n’avait pu
conduire au plus léger soulagement, rien non
plus avait
autorisé un
quelconque diagnostic. Tous les organes de cette femme, pris un
à un,
fonctionnaient
normalement. Puis tout avait cessé subitement, en
même temps, que
décédait une
voisine qui, deux ans auparavant, à la suite d’une
dispute comme il
s’en
produit souvent dans les escaliers des immeubles collectifs, lui avait
adressé
un regard malveillant et pénétrant,
l’avait maudite en paroles et par
signes –dessinant dans l’air avec ses mains des
signes cabalistiques–,
puis l’avait
assurée qu’elle serait dorénavant
tourmentée de milles maux qu’elle se
faisait
forte de lui infliger par voie
télépathique…
…
Il en fait des cauchemars, dont
un spécialement éprouvant. Il se voit
entièrement nu, la peau de tout
son corps
douloureusement tendue et luisante, chacune de ses fesses, son ventre
et même
ses genoux semblant des dômes crâniens qui lui
sourient ironiquement
bien que
dépourvus d’yeux et de bouche, pendant
qu’une horde déchaînée
d’hôtesses de
l’air en porte-jarretelles, coiffées de leur calot
d’où tombent de
magnifiques
chevelures rousses à la Rita Hayworth –ceux qui
l’ont connue comprendront la cruauté
du symbole–, l’aspergent d’une lotion au
pétrole sans marque. Puis
arrivent
des jeunes filles tout de rose vêtues. Elles portent des
toisons
semblables à
ces queues
de cheval dont se coiffent
les amazones, ou d’épaisses tresses blondes
empruntées aux filles du
nord. Elles en dénudent leur crâne et
s’en servent pour le fouetter
jusqu’au sang en riant aux éclats et en le
narguant. Il s’éveille en sueur,
l’œil hagard et la langue pendante,
s’assied
au bord du lit les bras tombant le long du corps et se met à
pleurer.
Puis la
fatigue le terrasse, il s’endort à
nouveau…
Hue! Gamin, hue!
… Sans avoir jamais été un
cavalier émérite ni un passionné de la
plus belle conquête de l’homme,
j’ai
toujours éprouvé à
l’égard des chevaux un sentiment particulier, qui
m’entraîne
à ne pas résister à l’envie
de leur dédier quelques lignes. Aussi loin
que je
puisse remonter par la pensée, je retrouve un cheval parmi
mes
souvenirs ou
mêlé à mes impressions. Je crois que le
premier fut le cheval de l’un
de mes
camarades d’école dont le père
approvisionnait les maraîchers du
quartier en
fumier et les débarrassait de leurs détritus.
Faisant aussi en quelque
sorte
office de marchand de matériaux, il livrait par ci par
là, avec son
tombereau
que tirait calmement son vieux cheval, de la terre, des cailloux ou du
bois. Suivant
l’attelage à la trace le long des rues, nous
ramassions avec mon frère
le
crotin de son
moteur pour notre
jardinet, dispensant en remerciement quelques caresses aux naseaux
humides d’un
canasson qui préférait sans dissimulation un
croûton ou une carotte…
Casopéolas
Vint
le jour où il disposa, en un arc d’une dimension
impressionnante,
quinze tripodes hauts de quatre mètres, faits de perches,
auxquels
étaient
suspendues ses notes. Il n’avait
pas
encore trouvé le néologisme convenable et ne
voulait dérouter personne
par
l’emploi d’un vocabulaire trop progressiste. Ces
notes étaient groupées
pour constituer
autant de ce qu’il nommait
des capéoctaves, par une autre
concession à la musique traditionaliste, comme il appelait
dédaigneusement ce
qui regroupait toutes les musiques et instruments connus
jusqu’alors.
Ces capéoctaves, déstructurées et
sans le
moindre rapport harmonique entre elles, comptant en fait chacune cinq
notes,
étaient au nombre de trois –trois
capéoctaves
de cinq notes
chacune, formant bien un
ensemble de quinze notes. Un nombre supérieur
n’eut été maîtrisable par
lui
seul en raison du chemin à parcourir de l’une
à l’autre pour y porter
le jet
d’air qui lui était ce que l’archet est
au violoniste ou les baguettes
au
joueur de tambour. Il n’avait pas encore suscité
la vocation chez celle
ou
celui qui aurait pu l’assister pour jouer à deux
jets. Il considérait
d’ailleurs que ceci eut été
prématuré et susceptible de nuire à sa
gloire
personnelle. L’instrument ainsi constitué devait
lui permettre, selon
de
premiers essais qu’il avait jugés concluants,
d'exécuter des morceaux
d'un
intérêt musicologique suffisant –selon
lui-même, en attendant que des
experts
se soient prononcés– pour permettre
d’apprécier la portée de son
invention. Et
la foule était là, alertée par le
battage organisé autour de
l’évènement ou par
une installation aussi insolite…
Ce
récit
est tiré d’un manuscrit relatant avec un
réalisme rare, à plus
d’un siècle et
demi de distance, un voyage de noces, pratique naissante à
l'époque.
Ce
voyage se déroule en Italie, quand le coche d’eau,
la
diligence et la calèche s’apprêtaient
à céder la place au train puis à
l’automobile, en attendant l’avion.
La
destination autant que la durée et les conditions
matérielles du
périple attestent
de la classe sociale des jeunes mariés, bourgeois de
l’époque issus
d’une
aristocratie expirante. Une véritable étude de
mœurs nous est ainsi
offerte à
travers une narration dont l’humour caustique et les propos
souvent
réactionnaires,
de même que la naïveté et la
pudibonderie, ajoutent au caractère
suranné de
bien des scènes.
Style,
vocabulaire et expressions, dégagent un accent de
vérité saisissant qui
ajoutent à un témoignage du plus grand
intérêt.
Est
parcourue
une Italie dont le charme impérissable est bien celui que
nous lui
connaissons
de nos jours. C’est donc à un savoureux et
authentique tourisme
rétrospectif
que nous invite cet ouvrage. Il fera tout autant le bonheur de
l’amateur
d’histoire ou d’art que du simple
flâneur. Le lecteur connaissant déjà
les
villes et provinces italiennes traversées par les jeunes
époux,
renouera d’une
manière originale et piquante avec les lieux qui ont pu le
charmer
lui-même.
Le
Narrateur,
Henri Proust
(1826-1993), a appartenu à une vielle famille de Niort
aujourd'hui
dispersée. Il y fonda la Caisse d’Epargne et fut
maire de
Saint-Mesmin-le-Vieux (Vendée). Il laissa divers
écrits et collabora à
l’ouvrage de Jules Robuchon, Paysages et
monuments du Poitou.
I
- Avant-propos
II - Les premiers temps du
cheval-vapeur7
III - De Nice à Naples par les
Messageries impériales25
IV - Voir Naples et mourir51
V - Pompéi81
VI - Sorrente93
VII - Cendres et sueurs du Vésuve103
VIII - Enchanteresse baie
de Naples117
IX - De Naples à Rome147
X - Rome éternelle163
XI
- Excursion à Tivoli185
XII - Les catacombes191
XIII - Audience pontificale205
XIV - Pâques romaines213
XV - A rivederci roma235
XVI - De Rome à Florence
XVII - De Florence à VeniseGondoles et splendeurs
vénitiennes291Gondoles
et splendeurs vénitiennes291Gondoles
et splendeurs vénitiennes291Gondoles
et splendeurs vénitiennes291De Florence à Venise277
XVIII - Gondoles et splendeurs vénitiennesVers le Simplon et la Suisse
XIX - Vers le Simplon et la Suisse
XX - Epilogue
Extraits
Nous sommes arrivés
aujourd’hui à Lyon, vers cinq heures du
soir, par le bateau à vapeur de la Saône. En
sept heures nous avons franchi les cent trente six
kilomètres qui séparent Châlons de
Lyon. Hier,
depuis Paris, le trajet ne nous a rien offert de bien
remarquable, bien que jusqu’à Châlons
nous ayons eu une journée de
chemin de
fer bien complète : de dix heures à neuf heures
du soir. La ligne de
Lyon est je crois la plus confortable qu’il y
ait en France. Aussi avons-nous fait sans fatigue ce trajet de quatre
vingt
seize lieues.
Mais le plus beau chemin
de fer du monde ne peut donner que ce qu’il a et il ne faut
pas
demander à un
voyage fait de cette manière des impressions bien
variées. Les villes,
les
villages, se succèdent sans qu’on en voie autre
chose que les clochers
des
cathédrales et les monuments qui dépassent le
reste des maisons. Les
différences de coutumes, il est bien impossible de les
observer dans
une course
aussi rapide...
… Le jour baissait déjà lorsque nous
sommes
passés sous le
pont St Esprit. Ce pont a cela de particulier qu’il fait vers
le milieu
un
angle très prononcé qu’il
présente au courant. Ce passage est
réputé
dangereux,
on arrête la machine et on franchit l’arche sous la
seule impulsion du
courant.
Nous
commencions à douter que nous puissions arriver à
Avignon le soir même, le vent avait redoublé de
violence. C’était le
mistral
dans toute sa force. Ne pouvant plus rester sur le pont nous nous
sommes
réfugiés dans le salon et avons attendu. Enfin on
a crié que nous
approchions.
Tout le monde était monté sur le pont et a
tâché de se rapprocher de
ses
bagages, mais il dut bien passer une demi-heure avant que
l’on arrivât.
Nous
avons senti le bateau, qui avançait vers le quai, toucher
les galets et
s’incliner sur le flanc. Nous ne savions trop si nous
étions échoués ou
arrivés. La nuit était tout à fait
noire. Enfin nous sommes montés sur
le pont
et nous avons joui du magnifique spectacle d'un désordre
sans pareil.
Le bateau était trop chargé pour aller
jusqu’à Avignon et
devait arrêter dans une île en face. Nous
étions accolés au bord et on
essayait
de réunir le bateau à la terre par des planches.
Un homme tenait une
torche de
résine que le vent éteignait à chaque
instant et à la lueur de laquelle
chacun
cherchait à arracher ses bagages du tas qui était
sur le milieu du
bateau.
Beaucoup emportaient leur malle sur leur dos ; quelques uns, des
Anglais
surtout qui étaient exaspérés,
descendaient par dessus la balustrade,
ne
pouvant passer sur le pont qui était encombré.
C’était un concert
unanime
d’imprécations contre le batelier, contre la
compagnie, etc. ...
... À Vintimiglia on
nous a fait descendre de voiture puis nous
avons pris à pied une petite rue étroite au bout
de laquelle nous avons
retrouvé la diligence qui avait descendu à vide
une côte étroite et
rapide où
il y aurait eu lieu de se casser le cou. Cette route n’est au
reste
qu’une
suite de tronçons ; faite à la lettre sur une
corniche, elle tourne à
angle
droit à chaque instant. On descend au grand trot une
côte au bout de
laquelle
on ne voit que le précipice et la mer au fond. Ce
n’est qu’à l’angle
même
souvent que l’on aperçoit la continuation de la
route. Il est permis
d’être, de
temps en temps, au moins inquiet. Cependant les accidents sont
rares...
... Berthe est montée dans une chaise à
porteurs portée par
quatre hommes et j’ai suivi à pied.
C’est une épreuve dont on a hâte de
sortir.
Les quatre porteurs s’accrochaient aux pointes des pierres de
lave, se
baissant, se relevant, suivant la nature des obstacles. Pendant ce
temps la
chaise faisait des mouvements désordonnés et il
faut avoir confiance
dans ceux
qui vous portent car un faux pas vous précipiterait contre
les pointes
de lave.
Je m’arrêtais fatigué et surtout je ne
voulais pas arriver au sommet
n’en
pouvant plus et trempé de sueur. J’ai
commencé par m’accrocher à une
bricole
qu’un homme a passée autour de son corps. Il monte
en vous entraînant
mais ce
moyen est aussi désagréable que peu
sûr. Lorsque nous étions arrivés il
y avait
huit à dix porteurs qui avait bataillé
à qui nous porterait. Le guide
en avait
choisi quatre et ceux qui avaient été mis de
côté suivaient avec leur
chaise,
guettant l’instant où je serais
fatigué. Bien leur en a pris et à moi
aussi ;
je me suis assis dans la chaise et nous avons continué notre
marche
avec nos
huit porteurs, notre porteur de provisions et le guide, ce qui faisait
assez
passablement de monde pour deux personnes. Mais grâce
à cela nous
sommes
arrivés en haut sans fatigue aucune. Ces malheureux porteurs
sont payés
une
piastre chacun. C’est cher mais ils le gagnent bien. Ce
n’étaient plus
des
hommes mais des fontaines lorsque nous sommes arrivés en
haut. Je leur
ai donné
en outre une piastre pour boire à notre santé, ce
dont ils devaient
avoir le
plus grand besoin. Ils ont disparu dans les rochers pour changer de
chemise.
J’ai noté qu’ils avaient tous des
petites médailles bénies et des
gilets de
flanelle ; le salut de l’âme et du
corps...
… Le maître
d’hôtel des Iles Britanniques nous avait
composé
un panier de provisions très confortable. Rien n’y
manquait. Il y avait
cuvette, serviette, argenterie et pour mettre en usage tout cela un
poulet
flanqué de deux bécassines et des oranges, le
tout accompagné d’une
bouteille
de vin de Salerne, celui que chérissait Horace. Ce vin
mérite bien
l’épithète
de chaud et ardent que lui donne Horace ; il vaut un bon vin de
Bourgogne. Pour
suivre son précepte nous l’avons bu avec
l’eau apportée. Le guide nous
avait
fait cuire des oeufs durs à un soupirail du
Vésuve. C’était très
couleur
locale. Je me rappellerai avec plaisir ce repas fait au sommet du
Vésuve, dans
la fumée du volcan qui nous piquait le yeux mais avec un
appétit
aiguisé par la
vapeur de souffre...
… Après le deuil
de la semaine Sainte sont venues les
réjouissances du jour de Pâques. Ce matin le pape
est entré pour dire
la messe
de Pâques dans St Pierre tout tendu de blanc, la tiare
ornée de
pierreries sur
la tête et le sceptre à la main, entre deux
camérieri portant les
éventails de
plumes d’autruche. C’est ce jour là que
l'église Romaine déploie tout
son luxe.
Peu s’en est fallu que Berthe ne trouvât plus de
place dans les
tribunes. Il y
avait là des personnes installées depuis six
heures du matin pour la
cérémonie
qui n’a pas commencée avant dix heures. On a fait
un peu serrer les
dames sur
les banquettes et on a trouvé quelques places encore...
... Une
dame s’était installée
d’autorité sur les genoux de deux
autres, prétendant se glisser entre elles. Il a fallu la
menacer de la
faire
enlever par quatre soldats pour qu’elle s’en
allât. On se dispute les
places
avec un acharnement prodigieux et la scène que
j’ai vue dimanche prouve
que ce
n’est pas seulement dans les tribunes du simple
étranger. Mr de
Montréal que
j’ai vu la semaine dernière m’a
nommé les personnes qui s’étaient
traitées avec
tant d’aménité le jour des rameaux.
L’une est Mme de *, l’autre sa
cousine Mme
de **. L’une a un fils dans l’ambassade,
l’autre un frère ou un mari,
je ne me
rappelle plus bien. La dernière arrivée
prétendait déloger sa cousine
des
places qu’elle occupait au premier rang avec ses deux filles
; de là la
scène...
… Le Musée
Pitti est pour moi maintenant comme un bel opéra
souvent entendu dont les motifs vous frappent comme de vieilles
connaissances.
En le parcourant de nouveau j’éprouvais un plaisir
à comparer ces
tableaux que
j’avais sous les yeux avec le souvenir qui en
était resté gravé dans
mon
esprit. Il y a là de belles choses. Le Titien est
magnifiquement
représenté ;
il y a de lui des portraits admirables. La Ste
Madeleine est
une figure superbe et on semble que l’on puisse prendre avec
la main
les épais
cheveux blonds qui ruissellent sur ses épaules. On ne peut
pas ne pas
admirer
la vie qu’il y a dans toutes ces figures et cette magnifique
couleur
des
étoffes que les siècles ont respectée.
Il y a peu de Rembrandt ; un
portrait de
vieillard m’a frappé ; c’est une
tête ridée avec un crâne chauve et
luisant
d’une vérité impitoyable. De
Raphaël il y a La Vierge
à la chaise, un chef-d’oeuvre
de grâce et de sentiment ; des Sainte Famille, des portraits
; celui de
Léon X
entre autres, qui est magnifique. Une figure colorée et
supérieure que
l’on
n’oublie pas. De Murillo, deux vierges avec
l’enfant Jésus, dont une
est bien
belle, mais il n’y a plus la distinction idéale
des têtes de Raphaël.
Le
peintre dont les oeuvres sont les plus nombreuses au Musée
Pitti est
Andréa del
Sarto. Il était Florentin et peintre très
fécond, ce qui explique ce
grand
nombre de tableaux...
… La salle
la plus magnifique du palais Ducal est celle du
Grand Conseil, elle est immense. Aujourd’hui elle sert de
bibliothèque.
La
grande fenêtre du palais qui regarde la mer et est en ce
moment en
réparation,
éclaire cette salle. C’est tout autour
qu’est rangée cette célèbre
collection
des portraits des Doges, au milieu de laquelle un cadre noir avec cette
inscription “Locus Marino Forlicio decapitato per
criminibus” indique
la place
qu’aurait dû occuper le portrait de Marino
Forlicio. Cette salle est
principalement dédiée aux gloires de Venise. Tout
autour d’immenses
tableaux
représentent les victoires navales de Vénitiens
et les grandes scènes
de leur
histoire...
... Nous avons terminé notre visite au
palais Ducal par les
Prisoni, ces prisons de si sombre mémoire. Un vieux bonhomme
a éclairé
une
lanterne et nous sommes descendus à sa suite par un petit
escalier en
spirale.
L’entrée est plus sombre et plus
mélodramatique que les cachots en
eux-mêmes.
Notre guide nous faisait remarquer avec orgueil le confortable de ces
prisons,
boisées complètement pour garder les prisonniers
de l’humidité. Il est
certain
que ces prisons ne sont pas plus affreuses que n’importe
quelle autre
habitation du même genre et le gouvernement actuel
n’est pas assez
intéressé à
faire valoir l’ancien gouvernement de Venise pour que
l’on puisse
penser qu’il
fait dissimuler les plus nouvelles. Au bout d’un corridor est
la
chambre des
évacuations secrètes. Le condamné
était amené là et assis sur une
pierre. Deux
hommes paraissaient alors, on lui passait un lacet autour du cou. Une
petite
porte ouvrait sur le canal de la Pagglia. La
gondole qui attendait là recevait le cadavre. Et
le vieux guide un pur vénitien de vieille souche, qui avait
vu la
République,
nous disait
en tonitruant : ecco il luogo che ha
conservato la republica durante quattordici secoli. Il
appuyait son
opinion sur le peu de bruit que faisait une exécution
semblable. Pas
besoin de
troupes pour entretenir un échafaud et réprimer
une émeute au besoin.
Tout
était pour le mieux ; seul le condamné aurait
peut-être trouvé à
redire...
… Sur la
rive Piémontaise, nous avons trouvé
l’inévitable
douane. Malgré mes tentatives de corruption il a fallu
ouvrir tout,
même la
petite caisse remplie de sciure de bois. Du reste les douaniers ont peu
fouillé
mais ils ont eu la conscience de faire leur métier gratis;
ce qui
paraissait fort
indélicat à mon voiturier qui me disait
“che brutta nazione, vogliono
tutto
vedere”. Et puis un génois ne perd jamais une
occasion d’injurier un
piémontais
et réciproquement…
Toi qui foules insouciant
la dune faite tombe,
Ô passant souviens-toi ! Honore
l'hécatombe.
À
ces jeunes soldats morts pour toi par milliers,
songe à dédier la fleur que caresse le vent
Et
qui témoigne, là, abreuvée de leur
sang...
... De
leur proue jusqu'aux ponts, s'élançant, les
navires,
Sur les hommes serrés firent bientôt jaillir
Les embruns d'eau salée, qui ajoutaient encore
Aux effets de la houle, leur glacial inconfort...
... Erigés
en autel, un camion ou un char,
Au milieu de la troupe, dans le matin blafard,
Servaient aux aumôniers à
célébrer l'office
Suivi avec ferveur avant le sacrifice...
...
Touchant de leur fond plat le sable gris des
plages,
Les roches, le goémon, quelquefois des ouvrages,
Inutiles obstacles dressés par l'ennemi,
Les péniches échouaient, leur effort accompli...
...
Comme des déferlantes, leurs courtes vagues grises
Eclataient dans les pieux et les chevaux de frise.
Le canon, la mitraille, fauchaient les combattants.
Le flot était les hommes et l'écume leur sang...
Faite pour être dite,
La
poésie attend sur la page
Que
des yeux la cueillent
Et
la portent au coeur.
Le
coeur l'enverra aux lèvres
Qui
l'offriront aux cieux
Et
ceux qui savent rêver l’entendront
Et
la rediront.
Du rose au vert ou au bleu, du
triste au gai, de l’enfance à la mort, de la paix
à la guerre ; en vers
libres
ou classiques, de facture personnelle ou à la
manière de…
l’auteur nous offre
ici en partage,
quelques uns
de ses sentiments de rencontre.
Il
nous invite, en guise d'avant-propos, à un débat
imaginaire sur l’une
des caractéristiques fondamentales, selon
lui, de l'écriture poétique : sa
musicalité.
Révision
en cours
Table des matières
Avant-propos
Femmes
Vieux yacht
Brouage
Mélange
Égalité
viscérale
Enfance
Trottins
La
Plate
Pour
les 1000 ans de La Rochelle
Baisers
Eco
Logique
Grossesse
Carmen
Le
Sinagot
Rochefort
Feuille
d'automne
Soir
d’hiver
Petit
d’homme
Champêtre
odalisque
Le
Thonier
Ode
aux monts du Forez
Iris
Le
temps
Petit
d’homme (Prologue)
Fables
Le
Loiron
Bastides
d’Aquitaine
Vieillesse
Tous
coupables
Enfants
La
Carpe et le progrès
Carrelets
d’Aunis
À
l’Ile montagne
Le
lit
Couleurs,
humeurs
Maman
Business
poésie
Cimetière
des cargos
La
Loire
Les
quatre saisons
Chimères. 109
Portraits
Le
pain
Le
Héron
Charentes
Nouvel
exil
Poétiquement
correct
Julie
Partage
Voyages
Overlord
Agonie
Jeux
de maux
La
lavandière
Poésie s/mer
Un
soir à Bordeaux
6
Juin 1944
Mort
Dédicaces
à Serge
Les
forçats
La
Bisquine
Bretagne
60
ans après
A
Dieu ou à Diable
Dédicaces
à Folon
. 3
Extrait
et fragments
Avant-propos
…
car il me semble qu’associer un instrument et par lui la
musique au
verbe,
n’est qu’un aveux de reconnaissance, à
l’égard du caractère
mélodieux
que doit
revêtir ce dernier s’il se veut
poétique. Comme le compositeur et
l’instrumentiste habillent de notes leur pensée
–ou celle d’un autre–,
le
poète l’exprime par des syllabes et des mots.
— Certainement,
certainement … mais je vous pose à nouveau la
question : que
faites-vous
du poème en prose et du vers libre dans ce cas ?
Car ils sont
une
vérité ! Ils ont pignon sur
rue ! Bien que
non mis en musique
selon vos règles.
—
Je considère qu’ils sont des formes
poétiques moins actuelles qu’elles
en ont
la réputation mais n’excluant pas au
demeurant la musique dont
je
parle. Celle-ci y est même d’une telle
subtilité qu’il est souvent
aussi
difficile de la percevoir que de la composer. Je considère
surtout que
la
poésie libre –entendez par là la
poésie affranchie des règles que se
plait et
s’applique à suivre le poète
classique– est trop souvent l’alibi de
ceux qui
confondent liberté avec anarchie ou avec facilité.
Petit d’homme
Sur le sable brûlant
Et la natte sommaire
Le petit d’homme naît.
Sur le sein desséché
À la source tarie
Le petit d’homme pleure …
Les
forçats ... Le cliquetis des chaînes
apporté par le vent
Effraie le bon bourgeois,
ameute le passant.
Le convoi des forçats,
encadré par la chiourme
Chemine lentement …
La
carpe et le progrès (fable) … Asphyxiée,
elle finit au
panier d'un pêcheur,
Gastronome averti tout autant
que prêcheur,
Se plaisant à donner à ses
amis poissons,
Tout en se distrayant, de
savantes leçons.
Ainsi leur apprit-il, on l’a
vu tout à l’heure,
Qu’abondance et progrès
peuvent n’être que leurre …
La plate
… Bercée par la
chanson
inlassable du vent,
Dans l'odeur du goémon
laissée par le jusant ;
Plate aux couleurs pastel poncées
par les filets,
Les pierres de la cale, le
sel et les galets, …
Le
Loiron
… L’eau parfois
habitée de sombre coloris,
Voit les barques cabrées renâclant au mouillage
Sous les assauts du vent
montrer leur ventre gris. …
Le héron
… Le grand oiseau
cendré,
majestueusement,
Fait à l'onde argentée de
fugitives rides,
Provoque un long frisson au
sein des eaux limpides,
Quand il frôle en son vol les
brumes de l'étang …
Bordeaux
… Le grand fleuve
aux deux
ponts ouvre la perspective
Dans le soleil couchant d’un
aval encore clair
Et le cours d’eau s’en va
lentement vers l’estuaire
Charriant les noirs limons
dont est pétrie sa rive …
Ode aux
monts du Forez
… La colonne
rompue qui gît
dans la nuit claire
Ressemble à un géant
renversé, abattu.
Noire et poli, le roc brille
bien que vaincu,
Tragédie sous la lune au sein
de la clairière. …
La Loire
… La Loire alors
s’endort aux
flancs du sable blond
Qu’elle étreint en ses bras
en un amour profond
Sous des cieux consentants. …
Baisers
… Baiser furtif de
l'amour
révélé,
A la joue de satin soudain
rose, volé. …
Mort
… Âme rongée par
le remords
Ou encore emplie d'espérance
Occupée à peser sa chance
D'aller à diable ou bien à Dieu.
Celui qui sait, est-il heureux
? …
Les 4
Saisons
… D’or fut mon
rêve au soleil
de l’été
Aux midis rayonnants, aux
instants alanguis,
Quand l’amour foisonnant
savait peupler mes lits
De repos enlacés, suivant de
folles nuits. …
Soir
d’hiver
… Des lambeaux de coton
jonchent l'herbe givrée,
Se mirent, expirant, dans les
trous d'eau glacée.
Pas un souffle ne vient
troubler la quiétude
De ce long soir d'hiver
empreint de solitude.
Le temps
… Ô Temps, miroir de
l'homme,
temps qui passe dit-on,
Dans notre insignifiance et
notre prétention.
Temps tu es le métier,
majestueux, immense,
Sur
lequel nous brodons notre pauvre espérance.