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Contes & histoires courtes pour les
petits et les grands
Contes, récits et nouvelles -
©15,6 x 23,4 cm - 165 pages - ISBN 978-2-9529-1132-0
Parmi les définitions officielles
de la nouvelle en tant que genre littéraire, celle du Vocabulaire des études
littéraires, de Hachette, en vaut bien une autre. C’est un « récit centré en
général autour d'un seul événement dont il étudie les répercussions
psychologiques ; personnages peu nombreux qui, à la différence du conte, ne
sont pas des symboles ou des êtres irréels, mais possèdent une réalité
psychologique : cependant, à la différence du roman, leur psychologie n'est pas
étudiée tout entière, mais simplement sous un aspect fragmentaire. La nouvelle
cherche à produire une impression de vie réelle.»
Le conte, lui, s’éloigne de la
vie réelle, comme si cette dernière ne suffisait pas à nourrir notre
imaginaire, ou plus exactement, comme si notre besoin de rêve exigeait une
fiction affranchie des banalités de l’existence au point d’accepter le plus
invraisemblable, le plus insolite, le plus merveilleux.
L’histoire – et non pas l’Histoire –, selon Claudec, c’est un peu tout cela à la
fois, échappant aux définitions recherchées, savantes et précises.
C’est ce qu’évoquent pour lui les
enfants lorsqu’ils demandent :
— Raconte moi une histoire.
Table des matières assortie d'extraits
Avertissement
Le loup va mourir… Il est presque
mort ! Rien d’étonnant, ils en ont tous tellement peur ! Mais ils ont
peur de tout et je suis bien un peu comme eux, moi qui crains que Harry soit
en train de l’achever pour prendre sa place, avec l’aide de sorciers venus d’ailleurs…
La charrette engloutie
… Pour l’heure, courbé en avant,
appuyé sur son bâton, sa longue moustache grise dégoulinant de pluie en dépit
de la protection que lui offrait le rebord de son large chapeau de feutre sans
couleurs, il marchait sur le chemin du retour suivi du Bossu, son valet.
C’était un pauvre bougre de l’assistance qu’ils avaient recueilli tout gamin il
y aurait bientôt vingt cinq ans. Difforme, jamais malade, pratiquement muet,
dur à la tâche, il aidait sans rechigner à tous les travaux que les saisons
enchaînaient. Pour l’heure, trempé jusqu'aux os, sous son béret qui le coiffait
comme une calotte, il marchait dans les pas de son maître….
Le meuble à secret
... Ce qu’ils avaient par contre
découvert, c’est que ce meuble avait un secret. Durant une de ses longues
absences, notre capitaine avait en effet omis d’en fermer à clé le couvercle,
comme il le faisait habituellement. Le plus audacieux des trois enfants en
avait profité pour essayer de satisfaire sa curiosité mais ce fut peine perdue.
Le meuble ne contenait apparemment rien d’autre que des objets dont la banalité
ne pouvait expliquer le fait que le grand-père fit preuve d’autant de
discrétion pour l’ouvrir. Que pouvait-il donc renfermer ? Quel objet
contenait-il donc, dont la taille devait être assez réduite pour y trouver place ?
De l’argent, de l’or, des pierres précieuses ? Quelque carte marine aux
inscriptions énigmatiques, nécessaires au voyage qui allait s’accomplir ? Une
arme, dont l’aventurier jugeait utile de se munir pour faire face à des
dangers imprévisibles et à propos desquels il ne voulait pas inquiéter les
siens. À moins qu’il se soit agi d’instructions hautement confidentielles
concernant le chargement ou la destination du navire qui l’attendait à quai,
prêt à larguer les amarres…
Une vie de chien
… Lorsque certain de son propre
réveil il eut pris sa décision, il jeta sur la salle et ses occupants un oeil à
la fois curieux et distrait et il me sembla même qu’il fit semblant de ne pas
me remarquer, moi qui était pourtant son plus proche voisin. Toujours allongé sur le flanc,
après avoir étiré ses quatre membres avec une majesté nonchalante qui rappelait
celle du lion achevant sa sieste, il se laissa tomber de la banquette. D'un
imperceptible balancement de tout le corps, dont la maîtrise fit naître chez
moi ni plus ni moins que de l'admiration, il bascula pour se recevoir en
souplesse sur le sol carrelé. Il y fit deux ou trois exercices de mise en forme
: élongation des pattes avant dans un premier temps, des postérieures ensuite,
puis passa à une toilette qui consista en un grattement consciencieux de ses
flancs et de ce qu'il pouvait atteindre de son ventre et de ses oreilles, le
tout suivi d'un vigoureux ébrouement, probablement destiné à partager les puces
qu'il avait pu déranger…
Châteaux en Périgord
... Bien des lieux s’offraient à Sa
vue, qui Lui parurent mériter de porter les joyaux dont Il était pourvu et il
serait fastidieux de les décrire. Qu’il nous suffise de considérer qu’Il les dota
l’un après l’autre avec un soin et un goût dont Lui seul était capable.
Fontainebleau, par exemple : qui a jamais vu un château mieux composé et
disposé ; au centre d’une vaste forêt, avec ses jardins, ses cours pavées
et ses pièces d’eau ? Et Saint-Germain, perché sur ses hauts, dominant le pays
alentour ? Et Pierrefonds, dissimulé au fond de ses sombres futaies, ce qui
convient si bien à sa sévérité, en dépit des efforts discutables d’un certain
Viollet-le-Duc pour le mettre en lumière ? Et Chantilly, se donnant avec succès
les airs d’un grand, avec ses vastes esplanades, ses immenses prairies et sa
forêt proche ? …
Les marmites
… Les chaises paillées, éléments
volants du mobilier, étaient disposées en divers endroits de la pièces ou aux
extrémités de la table dans la journée, et faisaient le plus souvent face au
foyer le soir, à l’heure de la veillée. C’était cet heureux moment, que la
plupart des enfants comme les adultes ne connaissent hélas plus, durant lequel
la famille et parfois les voisins se retrouvaient pour échanger les derniers
ragots ou écouter quelqu'histoire contée par un ancien. Quand l’automne était
venue, les châtaignes brûlantes occupaient les doigts de l’auditoire. C’était aussi,
parfois, l’occasion de confectionner l’ancêtre du pop-corn, ces grains de maïs éclatés dans la pelle à cendre, tenue
sur la braise par le veinard qui avait ainsi le droit chichement accordé de toucher au feu…
… La plus encombrante des
marmites avait sa place dehors, à proximité du perron. Elle servait à cuire la
nourriture du cochon et des oies et en particulier le maïs destiné au gavage de
ces dernières. Reposant sur trois grands pieds entre lesquels était directement
fait le feu, elle était comme une cousine éloignée des autres marmites du ménage. Elle
en vivait à l'écart, au pied du perron qui donnait sur la cour. C’est dans cette
grande marmite que, selon le grand-père, Cornecul faisait bouillir de l'eau à
sa manière, lorsqu'il lui arrivait de laisser s'éteindre son feu ou quand il
manquait d'allumettes. Un sacré débrouillard ce Cornecul ! Un malin comme il
n'en existe plus ! …
Le pain des pauvres
... il sortait de sa poche puis tendait
les cartes d’alimentation à la boulangère en demandant : — Est-ce que je peux
avoir du pain s’il vous plaît ?
La femme, bien que sachant que
les tickets n’auraient pu être utilisés chez un de ses concurrents, vérifiait
leur existence avant de prendre ses vieux ciseaux de coiffeur couverts de
points de rouille noircie. Ces ciseaux étaient bien commodes pour découper les
tickets dans les cartes d’alimentation, à cause de la précision que leur
conféraient leurs extrémités pointues. Ils étaient pour cette raison en usage
chez la plupart des commerçants.
Elle demandait après sa rapide
vérification :
— Vous avez droit à trois cents
grammes, c’est çà que tu veux ? Des fois qu’un heureux coup du sort, une
rentrée d’argent aussi subite qu’invraisemblable, lui eut permis d’acheter un
supplément au prix fort…
Le loup de la Double
… C’était un grand escogriffe de
loup, tout efflanqué, qui avait commis de nombreux méfaits dans la région. Il y
avait gagné quelques plombs, servis par tous ceux qui ne voulant rien savoir
des raisons qui l'animaient, se contentaient de lui donner la chasse. L'accueil
était partout le même et la malheureuse bête était comme condamnée à la
férocité par ceux-là mêmes qui la lui reprochaient et avaient à s'en plaindre.
Ils ne tenaient aucun compte, quand elle s'en prenait à leurs troupeaux, de ce
qu’elle avait, tout comme eux, une famille à nourrir.
C'était l’hiver ; il faisait un
froid à fendre les cailloux et mon charbonnier de grand-père était tout occupé
à abattre des arbres du côté de Saint André. Il s'était levé de bon matin, alors
qu’il faisait encore nuit noire, avait réchauffé son café aux braises de la
veille sur lesquelles il lui avait suffit de souffler pour qu’elles luisent à
nouveau et dégagent leur bonne chaleur. Son breuvage avalé, il s'était mis à
l’ouvrage au petit jour...
Le curé du Simplon express
… Puis Dieu et le diable furent à
leur tour évoqués. Même puissance, même omniprésence. Et si la victoire du
premier sur le second est promise, il sera malaisé de s’y reconnaître, tant le
monde est indifféremment soumis aux deux. L’homme est en tout cas dans
l’impossibilité, de distinguer entre un Dieu tentant sa créature pour
l’éprouver dans la liberté qu’Il lui a laissé de se déterminer, et le malin –
qui ne peut être qu’une invention du Créateur de toute chose – la poussant à
pécher. Mon vieux curé ne cachait pas les questions qu’il se posait à ce sujet
encore à son âge. Il m’engageait à faire de même et à réfléchir sur le fait que
Dieu et le diable non seulement n’existent que l’un par l’autre mais pourraient
bien être la même chose. De même du bien et du mal, sauf que – si j’ai bien
compris – Dieu, créateur des deux, s’en
remet assez commodément à Satan pour assumer le pire. Il paru en tout cas
d’accord avec moi quant au profond mystère dans lequel sont tenus les hommes en
ce qui concerne les modalités de leurs rapports à ce propos…
Portrait d'acteur
… Il eut d’abord droit à une
audition qui se déroula lamentablement. Il fut incapable, paralysé par
l’appréhension, d’obtenir de ses cordes vocales autre chose que des sons d'une
banalité désarmante. Son examinateur, un baryton imbu de sa personne et de son
organe, et de ce fait porté à une sévérité excessive, en déduisit que la
réputation dont il jouissait était amplement usurpée. Il lui accorda pourtant
le bénéfice du doute et consentit à l'accueillir parmi les apprentis comédiens
à qui il servait de cicérone.
Des quelques métiers qu’il avait
eu l’intention d’embrasser, ceux d’acteur et de chanteur lui parurent aussitôt
les plus enviables. La fantaisie lui semblait s’y mêler au sérieux et l’idée
même de représentation, avec son goût de gloire et de célébrité, le
séduisait. Il se voyait déjà sur l’avant scène, saluant bien bas un public qui le
lui rendait par un tonnerre d’applaudissements…
Compte à rebours
… Cette pendulette était une de
ces méchantes inventions luminescentes qui vous agressent en vous jetant aux
yeux les bâtons phosphorescents avec lesquels elles composent leurs chiffres. Si
le sommeil l’emportait trop lentement, il lui arrivait de lutter contre son
insomnie en contemplant leur sempiternel mouvement, bien qu’il fut un peu
éloigné pour sa vue déficiente. Les secondes s’écoulaient au rythme du
clignotement d’un simple point et il se concentrait sur le jeu des bâtonnets
qui passaient d’une combinaison à l’autre, de minute en minute puis
d’heure en heure, au rythme de ce clignotement. Ce n’était jamais sans éprouver
un certain malaise qu’il se livrait à cette sorte de jeu. Il songeait que si le
défilement de chacun des chiffres de 1 à 12 le distrayait, il était aussi un
rappel du fait que lui-même se rapprochait irrémédiablement de sa fin à chacun
de leurs mouvements les plus ténus ; de cet ultime instant où leur danse
perdrait toute signification pour lui…
Les goèlands
… L'alignement, connu des seuls
initiés et que nous avait indiqué un marin de Grandcamp, passait par le sommet
d'une roche émergente le long de laquelle gisait un énorme canon de marine, à
peine reconnaissable tant il était couvert de concrétions et d’algues, et une
tourelle située à l'angle ouest de la fortification, le tout à moitié enfoui
sous les ruines d'un pan de mur. Il fallait veiller avec la gaffe à ce que la
quille n'aille pas flirter de trop près avec les cailloux entre lesquels elle
avait tout juste la place de glisser.
Une fois franchie cette passe, le
bateau était enfermé dans des éboulements de pierres grises et les restes d’un
quai qui semblaient suinter encore de la sueur des hommes qui avaient extrait
les unes pour construit l’autre. Longs de quelques trente mètres et larges de
dix à peine, ces vestiges de bassin offraient quelques anneaux qui n’étaient
plus là que pour le décor, figés dans leurs supports par la rouille. Il
permettaient néanmoins aux rares bateaux qui s'aventuraient dans cet abri
précaire de s’y amarrer…
Le Grand Colombier
… Il était tôt dans la saison et
les dégâts de l’hiver n’avaient pas encore été tous réparés. Le revêtement de
la route que j'empruntais, en parfait état d’abord, se transforma progressivement,
en quelques kilomètres à peine, en un mauvais chemin rocailleux, escarpé et
raviné par l'eau qui sourdait de toute part. Elle devenait tout juste assez
large pour ma voiture mais je m'entêtais à la suivre, poussé par ma curiosité
et tant était superbe le paysage que je découvrais au fur et à mesure que je
m'élevais. A chacun des virages en épingle à cheveux que je devais franchir – certains
étant tellement serrés qu'ils m'obligeaient à m'y reprendre à deux fois –, mon
regard portait plus loin. À l’est, la vue complète de la chaîne des Alpes
s’offrait à mon regard, couronnée de sommets étincelants alternant avec les
gigantesques créneaux de remparts faits pour abriter des titans. La neige et la
roche, les pâturages et les forêts, faisaient un patchwork qui s'étendait à
l'infini et sur lequel s’agitaient, comme de minuscules insectes, des
véhicules, des animaux et des hommes. Le soleil projetait la silhouette
mouvante de quelques gros nuages d'un blanc éclatant qui parcouraient la
campagne, estompant de leur ombre les couleurs des villages qu'ils survolaient
dans leur voyage. Le tout avait l'aspect charmant mais trop parfaitement net de
ces décors plantés pour y faire circuler les petits trains qu'affectionnent
tant les enfants... et quelques grandes personness…
L'implant
…
L’un de ses collègues, qui lui
avait toujours semblé des plus sensés, lui avait raconté l’histoire de
cette
femme, proche amie de son épouse, qui avait due être internée et subir
une
longue cure pour se débarrasser de pulsions inqualifiables qui lui
faisaient
commettre des actes démentiels bien que sans gravité, comme vouloir à
tout prix
remplacer un mannequin dans la vitrine d’une modiste, prendre le volant
à la
place d’un chauffeur de taxi sagement garé en attente du client,
marcher sur
les mains en plein boulevards, manger sa soupe avec une fourchette,
etc. ;
manifestations d’une démence plutôt douce mais avérée, et
systématiquement
précédées de violentes douleurs dans le bas-ventre. Dans ce cas comme
dans le
sien, aucun des nombreux examens pratiqués ni des traitements appliqués
n’avaient
permis d’obtenir la moindre amélioration. De la même manière, si rien
n’avait pu
conduire à la moindre amélioration, rien non plus n’avait autorisé un
quelconque diagnostic. Tous ses organes, pris un à un, fonctionnaient
normalement. Puis tout avait cessé subitement, en même temps, que
décédait une
voisine qui, deux ans auparavant, à la suite d’une dispute comme il
s’en
produit souvent dans les escaliers des immeubles collectifs, lui avait
adressé
un regard malveillant et pénétrant, l’avait maudite en paroles et par
signes –dessinant dans l’air avec ses mains des signes cabalistiques–,
puis l’avait
assurée qu’elle serait dorénavant tourmentée de milles maux qu’elle se
faisait
forte de lui infliger par voie télépathique…
… Il en fait des cauchemars, dont
un spécialement éprouvant. Il se voit entièrement nu, la peau de tout son corps
douloureusement tendue et luisante, chacune de ses fesses, son ventre et même
ses genoux semblant des dômes crâniens qui lui sourient ironiquement bien que
dépourvus d’yeux et de bouche, pendant qu’une horde déchaînée d’hôtesses de
l’air en porte-jarretelles, coiffées de leur calot d’où tombent de magnifiques
chevelures rousses à la
Rita Hayworth –ceux qui l’ont connue comprendront la cruauté
du symbole–, l’aspergent d’une lotion au pétrole sans marque. Puis arrivent
des jeunes filles tout de rose vêtues. Elles portent des toisons semblables à
ces queues de cheval dont se coiffent
les amazones ou d’épaisses tresses blondes empruntées aux filles du nord. Elles
les détachent et s’en servent pour le fouetter jusqu’au sang en riant et le
narguant. Il s’éveille en sueur, l’œil hagard et la langue pendante, s’assied
au bord du lit les bras tombant le long du corps et se met à pleurer. Puis la
fatigue le terrasse, il s’endort à nouveau…
Hue! Gamin, hue!
… Sans avoir jamais été un
cavalier émérite ni un passionné de la plus belle conquête de l’homme, j’ai
toujours éprouvé à l’égard des chevaux un sentiment particulier, qui m’entraîne
à ne pas résister à l’envie de leur dédier quelques lignes. Aussi loin que je
puisse remonter par la pensée, je retrouve un cheval parmi mes souvenirs ou
mêlé à mes impressions. Je crois que le premier fut le cheval de l’un de mes
camarades d’école dont le père approvisionnait les maraîchers du quartier en
fumier et les débarrassait de leurs détritus. Faisant aussi en quelque sorte
office de marchand de matériaux, il livrait par ci par là, avec son tombereau
que tirait calmement son vieux cheval, de la terre, des cailloux ou du bois. Suivant
l’attelage à la trace le long des rues, nous ramassions avec mon frère le
crotin de son moteur pour notre
jardinet, dispensant en remerciement quelques caresses aux naseaux humides d’un
canasson qui préférait sans dissimulation un croûton ou une carotte…
Casopéolas
… Vint le jour où il disposa, en un arc d’une dimension impressionnante,
quinze tripodes hauts de quatre mètres, faits de perches, auxquels étaient
suspendues ses notes. Il n’avait pas
encore trouvé le néologisme convenable et ne voulait dérouter personne par
l’emploi d’un vocabulaire trop progressiste. Ces notes étaient groupées pour constituer autant de ce qu’il nommait
des capéoctaves, par une autre
concession à la musique traditionaliste, comme il appelait dédaigneusement ce
qui regroupait toutes les musiques et instruments connus jusqu’alors. Ces capéoctaves, déstructurées et sans le
moindre rapport harmonique entre elles, comptant en fait chacune cinq notes,
étaient au nombre de trois – trois capéoctaves
de cinq notes, chacune formant bien un
ensemble de quinze notes. Un nombre supérieur n’eut été maîtrisable par lui
seul en raison du chemin à parcourir de l’une à l’autre pour y porter le jet
d’air qui lui était ce que l’archet est au violoniste ou les baguettes au
joueur de tambour. Il n’avait pas encore suscité la vocation chez celle ou
celui qui aurait pu l’assister pour jouer à deux jets. Il considérait
d’ailleurs que ceci eut été prématuré et susceptible de nuire à sa gloire
personnelle. L’instrument ainsi constitué devait lui permettre, selon de
premiers essais qu’il avait jugés concluants, d'exécuter des morceaux d'un
intérêt musicologique suffisant –selon lui-même, en attendant que des experts
se soient prononcés– pour permettre d’apprécier la portée de son invention. Et
la foule était là, alertée par le battage organisé autour de l’évènement ou par
une installation aussi insolite…
Retour à la liste des ouvrages publiésVoyage de noces en Italie au temps des
diligences

Récit de voyage tiré d'un authentique manuscrit datant de 1854 - ©
15,6 x 23,4 cm - 343 pages - ISBN 978-295291133-7
Ce récit
est tiré d’un manuscrit relatant avec un réalisme rare, à plus d’un siècle et
demi de distance, un voyage de noces, pratique naissante à l'époque. Ce voyage se déroule en Italie, quand le coche d’eau, la
diligence et la calèche, s’apprêtaient à céder la place au train puis à
l’automobile, en attendant l’avion.
La
destination autant que la durée et les conditions matérielles du périple attestent
de la classe sociale des jeunes mariés, bourgeois de l’époque issus d’une
aristocratie expirante. Une véritable étude de mœurs nous est ainsi offerte à
travers une narration dont l’humour caustique et les propos souvent réactionnaires,
de même que la naïveté et la pudibonderie, ajoutent au caractère suranné de
bien des scènes.
Style,
vocabulaire et expressions, dégagent un accent de vérité saisissant qui
ajoutent à un témoignage du plus grand intérêt.
Est parcourue
une Italie dont le charme impérissable est bien celui que nous lui connaissons
de nos jours. C’est donc à un savoureux et authentique tourisme rétrospectif
que nous invite cet ouvrage. Il fera tout autant le bonheur de l’amateur
d’histoire ou d’art que du simple flâneur. Le lecteur connaissant déjà les
villes et provinces italiennes traversées par les jeunes époux, renouera d’une
manière originale et piquante avec les lieux qui ont pu le charmer lui-même.
Henri Proust (1826-1993) a appartenu à une vielle famille de Niort aujourd'hui dispersée. Il y fonda la Caisse d’Epargne et fut maire de
Saint-Mesmin-le-Vieux (Vendée). Il laissa divers écrits et collabora à
l’ouvrage de Jules Robuchon, Paysages et
monuments du Poitou.
I - Avant-propos II - Les premiers temps du
cheval-vapeur7 III - De Nice à Naples par les
Messageries impériales 25 IV - Voir Naples et mourir 51 V - Pompéi 81 VI - Sorrente 93 VII - Cendres et sueurs du Vésuve 103 VIII - Enchanteresse baie
de Naples 117 IX - De Naples à Rome 147 X - Rome éternelle 163
| XI - Excursion à Tivoli 185 XII - Les catacombes 191 XIII - Audience pontificale 205 XIV - Pâques romaines 213 XV - A rivederci roma 235 XVI - De Rome à Florence XVII - De Florence à VeniseGondoles et splendeurs vénitiennes 291Gondoles et splendeurs vénitiennes 291Gondoles et splendeurs vénitiennes 291Gondoles et splendeurs vénitiennes 291De Florence à Venise 277 XVIII - Gondoles et splendeurs vénitiennesVers le Simplon et la Suisse XIX - Vers le Simplon et la Suisse XX - Epilogue |
Extraits
Nous sommes arrivés aujourd’hui à Lyon, vers cinq heures du
soir, par le bateau à vapeur de la
Saône. En sept heures nous avons franchi les cent trente six
kilomètres qui séparent Châlons de Lyon. Hier, depuis Paris, le trajet ne nous a rien offert de bien
remarquable, bien que jusqu’à Châlons nous ayons eu une journée de chemin de
fer bien complète : de dix heures à neuf heures du soir. La ligne de Lyon est je crois la plus confortable qu’il y
ait en France. Aussi avons-nous fait sans fatigue ce trajet de quatre vingt
seize lieues. Mais le plus beau chemin
de fer du monde ne peut donner que ce qu’il a et il ne faut pas demander à un
voyage fait de cette manière des impressions bien variées. Les villes, les
villages, se succèdent sans qu’on en voie autre chose que les clochers des
cathédrales et les monuments qui dépassent le reste des maisons. Les
différences de coutumes, il est bien impossible de les observer dans une course
aussi rapide...
… Le jour baissait déjà lorsque nous sommes passés sous le
pont St Esprit. Ce pont a cela de particulier qu’il fait vers le milieu un
angle très prononcé qu’il présente au courant. Ce passage est réputé dangereux,
on arrête la machine et on franchit l’arche sous la seule impulsion du courant.
Nous commencions à douter que nous puissions arriver à
Avignon le soir même, le vent avait redoublé de violence. C’était le mistral
dans toute sa force. Ne pouvant plus rester sur le pont nous nous sommes
réfugiés dans le salon et avons attendu. Enfin on a crié que nous approchions.
Tout le monde était monté sur le pont et a tâché de se rapprocher de ses
bagages, mais il dut bien passer une demi-heure avant que l’on arrivât. Nous
avons senti le bateau, qui avançait vers le quai, toucher les galets et
s’incliner sur le flanc. Nous ne savions trop si nous étions échoués ou
arrivés. La nuit était tout à fait noire. Enfin nous sommes montés sur le pont
et nous avons joui du magnifique spectacle d'un désordre sans pareil.
Le bateau était trop chargé pour aller jusqu’à Avignon et
devait arrêter dans une île en face. Nous étions accolés au bord et on essayait
de réunir le bateau à la terre par des planches. Un homme tenait une torche de
résine que le vent éteignait à chaque instant et à la lueur de laquelle chacun
cherchait à arracher ses bagages du tas qui était sur le milieu du bateau.
Beaucoup emportaient leur malle sur leur dos ; quelques uns, des Anglais
surtout qui étaient exaspérés, descendaient par dessus la balustrade, ne
pouvant passer sur le pont qui était encombré. C’était un concert unanime
d’imprécations contre le batelier, contre la compagnie, etc.
… À Vintimiglia on nous a fait descendre de voiture puis nous
avons pris à pied une petite rue étroite au bout de laquelle nous avons
retrouvé la diligence qui avait descendu à vide une côte étroite et rapide où
il y aurait eu lieu de se casser le cou. Cette route n’est au reste qu’une
suite de tronçons ; faite à la lettre sur une corniche, elle tourne à angle
droit à chaque instant. On descend au grand trot une côte au bout de laquelle
on ne voit que le précipice et la mer au fond. Ce n’est qu’à l’angle même
souvent que l’on aperçoit la continuation de la route. Il est permis d’être, de
temps en temps, au moins inquiet. Cependant les accidents sont rares...
... Berthe est montée dans une chaise à porteurs portée par
quatre hommes et j’ai suivi à pied. C’est une épreuve dont on a hâte de sortir.
Les quatre porteurs s’accrochaient aux pointes des pierres de lave, se
baissant, se relevant, suivant la nature des obstacles. Pendant ce temps la
chaise faisait des mouvements désordonnés et il faut avoir confiance dans ceux
qui vous portent car un faux pas vous précipiterait contre les pointes de lave.
Je m’arrêtais fatigué et surtout je ne voulais pas arriver au sommet n’en
pouvant plus et trempé de sueur. J’ai commencé par m’accrocher à une bricole
qu’un homme a passée autour de son corps. Il monte en vous entraînant mais ce
moyen est aussi désagréable que peu sûr. Lorsque nous étions arrivés il y avait
huit à dix porteurs qui avait bataillé à qui nous porterait. Le guide en avait
choisi quatre et ceux qui avaient été mis de côté suivaient avec leur chaise,
guettant l’instant où je serais fatigué. Bien leur en a pris et à moi aussi ;
je me suis assis dans la chaise et nous avons continué notre marche avec nos
huit porteurs, notre porteur de provisions et le guide, ce qui faisait assez
passablement de monde pour deux personnes. Mais grâce à cela nous sommes
arrivés en haut sans fatigue aucune. Ces malheureux porteurs sont payés une
piastre chacun. C’est cher mais ils le gagnent bien. Ce n’étaient plus des
hommes mais des fontaines lorsque nous sommes arrivés en haut. Je leur ai donné
en outre une piastre pour boire à notre santé, ce dont ils devaient avoir le
plus grand besoin. Ils ont disparu dans les rochers pour changer de chemise.
J’ai noté qu’ils avaient tous des petites médailles bénies et des gilets de
flanelle ; le salut de l’âme et du corps...
… Le maître d’hôtel des Iles Britanniques nous avait composé
un panier de provisions très confortable. Rien n’y manquait. Il y avait
cuvette, serviette, argenterie et pour mettre en usage tout cela un poulet
flanqué de deux bécassines et des oranges, le tout accompagné d’une bouteille
de vin de Salerne, celui que chérissait Horace. Ce vin mérite bien l’épithète
de chaud et ardent que lui donne Horace ; il vaut un bon vin de Bourgogne. Pour
suivre son précepte nous l’avons bu avec l’eau apportée. Le guide nous avait
fait cuire des oeufs durs à un soupirail du Vésuve. C’était très couleur
locale. Je me rappellerai avec plaisir ce repas fait au sommet du Vésuve, dans
la fumée du volcan qui nous piquait le yeux mais avec un appétit aiguisé par la
vapeur de souffre...
… Après le deuil de la semaine Sainte sont venues les
réjouissances du jour de Pâques. Ce matin le pape est entré pour dire la messe
de Pâques dans St Pierre tout tendu de blanc, la tiare ornée de pierreries sur
la tête et le sceptre à la main, entre deux camérieri portant les éventails de
plumes d’autruche. C’est ce jour là que l'église Romaine déploie tout son luxe.
Peu s’en est fallu que Berthe ne trouvât plus de place dans les tribunes. Il y
avait là des personnes installées depuis six heures du matin pour la cérémonie
qui n’a pas commencée avant dix heures. On a fait un peu serrer les dames sur
les banquettes et on a trouvé quelques places encore...
... Une dame s’était installée d’autorité sur les genoux de deux
autres, prétendant se glisser entre elles. Il a fallu la menacer de la faire
enlever par quatre soldats pour qu’elle s’en allât. On se dispute les places
avec un acharnement prodigieux et la scène que j’ai vue dimanche prouve que ce
n’est pas seulement dans les tribunes du simple étranger. Mr de Montréal que
j’ai vu la semaine dernière m’a nommé les personnes qui s’étaient traitées avec
tant d’aménité le jour des rameaux. L’une est Mme de *, l’autre sa cousine Mme
de *. L’une a un fils dans l’ambassade, l’autre un frère ou un mari, je ne me
rappelle plus bien. La dernière arrivée prétendait déloger sa cousine des
places qu’elle occupait au premier rang avec ses deux filles ; de là la scène...
… Le Musée Pitti est pour moi maintenant comme un bel opéra
souvent entendu dont les motifs vous frappent comme de vieilles connaissances.
En le parcourant de nouveau j’éprouvais un plaisir à comparer ces tableaux que
j’avais sous les yeux avec le souvenir qui en était resté gravé dans mon
esprit. Il y a là de belles choses. Le Titien est magnifiquement représenté ;
il y a de lui des portraits admirables. La Ste Madeleine est
une figure superbe et on semble que l’on puisse prendre avec la main les épais
cheveux blonds qui ruissellent sur ses épaules. On ne peut pas ne pas admirer
la vie qu’il y a dans toutes ces figures et cette magnifique couleur des
étoffes que les siècles ont respectée. Il y a peu de Rembrandt ; un portrait de
vieillard m’a frappé ; c’est une tête ridée avec un crâne chauve et luisant
d’une vérité impitoyable. De Raphaël il y a La Vierge à la chaise, un chef-d’oeuvre
de grâce et de sentiment ; des Ste Famille, des portraits ; celui de Léon X
entre autres, qui est magnifique. Une figure colorée et supérieure que l’on
n’oublie pas. De Murillo, deux vierges avec l’enfant Jésus, dont une est bien
belle, mais il n’y a plus la distinction idéale des têtes de Raphaël. Le
peintre dont les oeuvres sont les plus nombreuses au Musée Pitti est Andréa del
Sarto. Il était Florentin et peintre très fécond, ce qui explique ce grand
nombre de tableaux...
… La salle la plus magnifique du palais Ducal est celle du
Grand Conseil, elle est immense. Aujourd’hui elle sert de bibliothèque. La
grande fenêtre du palais qui regarde la mer et est en ce moment en réparation,
éclaire cette salle. C’est tout autour qu’est rangée cette célèbre collection
des portraits des Doges, au milieu de laquelle un cadre noir avec cette
inscription “Locus Marino Forlicio decapitato per criminibus” indique la place
qu’aurait dû occuper le portrait de Marino Forlicio. Cette salle est
principalement dédiée aux gloires de Venise. Tout autour d’immenses tableaux
représentent les victoires navales de Vénitiens et les grandes scènes de leur
histoire...
... Nous avons terminé notre visite au palais Ducal par les
Prisoni, ces prisons de si sombre mémoire. Un vieux bonhomme a éclairé une
lanterne et nous sommes descendus à sa suite par un petit escalier en spirale.
L’entrée est plus sombre et plus mélodramatique que les cachots en eux-mêmes.
Notre guide nous faisait remarquer avec orgueil le confortable de ces prisons,
boisées complètement pour garder les prisonniers de l’humidité. Il est certain
que ces prisons ne sont pas plus affreuses que n’importe quelle autre
habitation du même genre et le gouvernement actuel n’est pas assez intéressé à
faire valoir l’ancien gouvernement de Venise pour que l’on puisse penser qu’il
fait dissimuler les plus nouvelles. Au bout d’un corridor est la chambre des
évacuations secrètes. Le condamné était amené là et assis sur une pierre. Deux
hommes paraissaient alors, on lui passait un lacet autour du cou. Une petite
porte ouvrait sur le canal de la
Pagglia. La gondole qui attendait là recevait le cadavre. Et
le vieux guide un pur vénitien de vieille souche qui avait vu la République nous disait
en tonitruant : ecco il luogo che ha
conservato la republica durante quattordici secoli. Il appuyait son
opinion sur le peu de bruit que faisait une exécution semblable. Pas besoin de
troupes pour entretenir un échafaud et réprimer une émeute au besoin. Tout
était pour le mieux ; seul le condamné aurait peut-être trouvé à redire...
… Sur la rive Piémontaise, nous avons trouvé l’inévitable
douane. Malgré mes tentatives de corruption il a fallu ouvrir tout, même la
petite caisse remplie de sciure de bois. Du reste les douaniers ont peu fouillé
mais ils ont eu la conscience de faire leur métier gratis; ce qui paraissait fort
indélicat à mon voiturier qui me disait “che brutta nazione, vogliono tutto
vedere”. Et puis un génois ne perd jamais une occasion d’injurier un piémontais
et réciproquement…
Fleurir leur tombe
Poésie évocatrice - ©
15,6 x 23,4 cm - 22 pages - ISBN 978-2-9529113-4-4
Ouvrage commémoratif en vers,
dédié à ceux qui sont tombés sur les plages de Normandie
à l'occasion du débarquement des alliés,
le 6 juin 1944
Textes écrits à l'occasion des
cinquantième et
soixantième anniversaires
d'Overlord
Extraits
Toi qui foules insouciant la dune faite tombe,
Ô passant souviens toi ! Honore l'hécatombe !
À ces jeunes soldats morts pour toi par milliers,
Songe à dédier la fleur que caresse le vent
Et qui témoigne, là, abreuvée de leur sang...
... De leur proue jusqu'aux ponts, s'élançant, les
navires,
Sur les hommes serrés firent bientôt jaillir
Les embruns d'eau salée, qui ajoutaient encore
Aux effets de la houle, leur glacial inconfort...
... Erigé en autel, un camion ou un char,
Au milieu de la troupe, dans le matin blafard,
Servaient aux aumôniers à célébrer l'office
Suivi avec ferveur avant le sacrifice...
... Touchant de leur fond plat le sable gris des
plages
Les roches, le goémon, quelquefois des ouvrages,
Inutiles obstacles dressés par l'ennemi,
Les péniches échouaient, leur effort accompli...
... Comme des déferlantes, leurs courtes vagues grises
Eclataient dans les pieux et les chevaux de frise.
Le canon, la mitraille, fauchaient les combattants.
Le flot était les hommes et l'écume leur sang...
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Toutes sauf ma mère
Citations, essai - ©
15,6 x 23,4 cm - 163 pages - ISBN 978-2-9529113-1-3
Cet hommage taquin à la femme est
un recueil de citations d'auteurs, pour la plupart français, ayant vécu
jusqu'au début du xxe
siècle. Il peut aussi être lu comme un essai sur l’évolution de la condition
féminine au cours de deux millénaires en France (Bonne ou mauvaise, la
réputation du français dans ses rapports avec la femme n’étant plus à faire, à
tout seigneur tout honneur) et plus largement en occident. Un recul de près
d’un siècle évite de la sorte les arcanes et subtilités d’une pensée moderne
marquée par une perte de bon sens, d’humour et de repères, avantage qui
n’échappera pas à tous ceux –et celles– qui en sont encore un tant soi peu
pourvus.
Regroupées par chapitres dont les
titres donnent le ton de l'ouvrage, ces citations font référence à l’éternel féminin et sont assorties de
réflexions, puis complétées d'un hommage rimé. Compatissants, tendres ou verts,
ces poèmes veulent témoigner de l'amour, de la compassion et de la gratitude
universelle à l'égard de la femme, dans quelques uns des principaux rôles que
lui assigne la nature. Ils veulent aussi et plus particulièrement exprimer ce
que peut ressentir l’homme d’aujourd’hui à l’égard de son inévitable
complément dont il se donne parfois l’illusion d’être le maître, bien
qu’inéluctablement condamné à en demeurer l’esclave.
Non, la lutte des sexes n’a pas vocation à se substituer à la lutte des classes !
Table des matières
| Préambule | VIII.
La femme et la coquetterie 47 | XVI.
La femme et le mariage 79 | XXIV. La
femme et la sexualité 105 |
| I.
La femme et son Âge 13 | IX.
La femme et son entendement 49 | XVII.
La femme et la maternité 83 | XXV.
La femme et la sincérité 109 |
| II.
La femme et l’amour 17 | X.
La femme et l'esprit 53 | XVIII.
La femme et les misogynes 85 | XXVI.
La femme et la vanité 113 |
| III.
La femme et l'argent 25 | XI.
La femme et les autres femmes 55 | XIX.
La femme et la mode 89 | XXVII.
La femme et le verbe 115 |
| IV. La
femme et l’art 27 | XII.
La femme et la fidélité 59 | XX.
La femme et la politique 91 | XXVIII.
La femme et la vertu 119 |
| V.
La femme et la beauté 31 | XIII.
La femme et la frivolité 63 | XXI.
La femme et son pouvoir 95 | Hommage rimé |
| VI.
La femme et sa condition 37 | XIV.
La femme et l'homme 65 | XXII.
La femme et le savoir 99 | Conclusion 141
|
| VII.
La femme et la constance | XV.
La femme et les machos 75 | XXIII.
La femme et les sentiments 101 | Annexe (liste des auteurs cités) |
Faisons nôtre, en guise
d’introduction, la remarque d'André Maison
dans la préface à son Anthologie de la
correspondance française, publiée en 1969 aux éditions Rencontre :
« L'époque où nous sommes est peut-être favorable à un tel recueil, en ce
sens que le public, sans doute un peu lassé par l'abondance des œuvres
d'imagination de qualité souvent médiocre, se tourne volontiers vers les études
historiques, les mémoires et les biographies. À plus forte raison devrait-il
s'intéresser aux documents qui leur servent de base, et donc aux lettres, qui
ont en général de précieux caractères d'authenticité et de spontanéité. L'homme
s'y dissimule moins qu'ailleurs [et y] confirme son tempérament et ses traits
de caractère ». A plus de cinquante ans de distance, la formule n’a pas
pris une ride et peut s’appliquer aux citations, lesquelles sont au demeurant
fréquemment issues de la correspondance de leurs auteurs…
« Nouvel exemple de cet
inlassable bêtisier de citations assassines» ?
Que nenni. Il s’agit ici moins d’écrire que de lire, ou plus exactement de
relire. Et quand un seul lecteur y trouverait un supplément de lumière sur un
sujet aussi important, Il n’est pas inutile d’opérer un retour en arrière. C’est
une manière d’y voir clair ; de déduire, à partir de ce qu’était le femme
hier, qui elle peut être aujourd’hui ; d’évaluer ce que lui ont apporté le
progrès et ses victoires sur…
… artistes en tous genres,
poètes, romanciers, mais aussi historiens, juristes, acteurs, musiciens,
philosophes, monarques, politiciens, etc. Leurs opinions le sont tout autant et
se retrouvent, sinon d’accord du moins préoccupé par le même sujet, des
penseurs aussi éloignés qu’Aragon
ou Marx d’Alexis Carrel, que Rousseau ou Zola
de Mmes de Scudéry ou de Sévigné
…
…
« Il y a à peu près le même nombre de femmes que d’hommes sur
Terre. Mais dans le détail, il y a légèrement plus d’hommes : 101 hommes pour
100 femmes (en 2005). De façon encore plus précise, sur 1000 personnes, 503 sont
des hommes (50,3%) et 497, des femmes (49,7%). Il naît un peu plus de garçons
que de filles : 105 garçons pour 100 filles, mais les garçons meurent plus que
les filles ; c’est vrai dans l’enfance, mais aussi à l’âge adulte. Il arrive
donc un âge où les hommes et les femmes sont en nombre égal : en France, c’est
à 35 ans. » …
… D’ailleurs, que ceux qui
s’interrogent à ce propos se rassurent. La femme apparaît ni meilleure ni pire
que ce à quoi il est raisonnable de s’attendre de la part d’un être humain :
changeante, contradictoire, légère, irréfléchie … seule la maternité la
différencie vraiment du partenaire que lui prescrit avec réciprocité la nature.
La littérature enfantine, qui aurait éventuellement pu y changer quelque chose,
n’ayant pas été consultée, la rareté des propos relevés à ce sujet chez les
nombreux auteurs cités est étonnante. A peine ont-ils fourni de quoi ouvrir un
chapitre sur ce thème. Pudeur ? Peut-être l’image de la femme, par son
rapport avec l’avenir de l’espèce, qui pour longtemps encore passera par une
relation étroite entre les deux sexes, est-elle trop sacrée pour y associer des
considérations souvent empreintes de légèreté …
C'est moins l’âge des femmes que
craignent les hommes, que l’expérience d’elles-mêmes qu'elles y puisent, au
contact de leurs semblables et de l’existence, et l’assurance qu’elles y
prennent. Elles y perdent trop rapidement, selon eux, la fraîcheur de leur
jeunesse, essentiellement faite de ce semblant d’humilité que regrettent et
leur jalousent plus âgées et moins heureuses qu’elles …
… Il a en effet été cherché à se
garder de la confusion couramment faite entre cette dernière (la sexualité) et l’amour ;
comme si l’un ne pouvait aller sans l’autre …
… Intéressée la femme ? Faite
pour dépenser, comment pourrait-elle l’être ? …
… La beauté! Voila, avec l’âge, le
principal sujet de préoccupation de la femme …
… Il lui reste en tout cas, en
France comme ailleurs, pour changer réellement sa condition, à se départir de
ce rôle de femme-objet dans lequel bon nombre de ses représentantes se
complaisent, sans l’approbation des féministes il est vrai. Qui niera qu’à juste
titre sûre d'elle-même, elle s'offre alors …
… Tout n’est donc pas perdu, sauf
à ce que la femme, excédée, ne perde patience et rompe l’entente à la fois
naturelle et fragile des deux sexes. Une formule, que se transmettent de
génération en génération certaines d’entre elles que le citateur connaît bien,
exprime on ne peut mieux sa lassitude : « Les hommes, ont les a toute leur vie
entre les jambes ». …
… D’après certaines observatrices,
la considération exagérée dont sont l’objet les jeunes garçons, de la part de
leur entourage, suffirait à en faire des machos. C’est oublier que leurs mères
sont souvent les premières à susciter cette considération et qu’elles-mêmes ne
sont pas les dernières à donner à leurs filles l’exemple de la coquetterie, de
la frivolité et des autres traits de caractères qui distinguent leur propre
sexe …
… Ainsi en est-il des misogynes,
qui ne seraient que les fruits amers de passions déçues et d’illusions perdues
…
… Sexe
ou luxure sont en tout cas des vocables associés à l’amour, sous la forme
pratiquée par les humains avec un plaisir d’autant plus grand que la raison y
sombre et qu’il bafoue les convenances. L’homme y cèderait parait-il plus
souvent que la femme, mais il est bon de noter qu’à chaque fois que celui-là
s’y laisse prendre celle-ci est en cause …
… Est-ce à dire encore que le
temps de la parité promet à l’humanité une femme davantage vertueuse qu’elle ne
fut ? …
… Devant moi ses cheveux en
vagues ondoyantes
Me dévoilent mutins sa nuque et
son duvet
Et mon désir est tel que ma
pensée revêt
Les contours voluptueux de lèvres
festoyantes ...
Le Nouvel Observateur N°
2232
De la rime au cœur
Recueil de poèmes rimés - ©
15,6 x 23,4 cm - 120 pages - ISBN 978-29529-1130-6
Faite pour être dite,
La poésie attend sur la page
Que des yeux la cueillent
Et la portent au coeur.
Le coeur l'enverra aux lèvres
Qui l'offriront aux cieux
Et ceux qui savent rêver l’entendront
Et la rediront.
Du rose au vert ou au bleu, du
triste au gai, de l’enfance à la mort, de la paix à la guerre ; en vers libres
ou classiques, de facture personnelle ou à la
manière de… l’auteur nous offre
ici en partage,
quelques uns
de ses sentiments de rencontre.
Il nous invite, en guise d'avant-propos, à un débat
imaginaire sur l’une
des caractéristiques fondamentales, selon lui, de l'écriture poétique : sa
musicalité.
Table des matières
| Avant-propos | Femmes | Vieux yacht | Brouage | Mélange | Égalité viscérale |
| Enfance | Trottins | La Plate | Pour les 1000 ans de La Rochelle | Baisers | Eco Logique |
Grossesse | Carmen | Le Sinagot | Rochefort | Feuille d'automne | Soir d’hiver |
Petit d’homme | Champêtre odalisque | Le Thonier | Ode aux monts du Forez | Iris | Le temps |
Petit d’homme (Prologue) | Fables | Le Loiron | Bastides d’Aquitaine | Vieillesse | Tous coupables |
Enfants | La Carpe et le progrès | Carrelets d’Aunis | À l’Ile montagne | Le lit | Couleurs, humeurs |
Maman | Business poésie | Cimetière des cargos | La Loire | Les quatre saisons | Chimères. 109 |
| Portraits | Le pain | Le Héron | Charentes | Nouvel exil | Poétiquement correct |
Julie | Partage | Voyages | Overlord | Agonie | Jeux de maux |
La lavandière | Poésie s/mer | Un soir à Bordeaux | 6 Juin 1944 | Mort | Dédicaces à Serge |
Les forçats | La Bisquine | Bretagne | 60 ans après | A Dieu ou à Diable | Dédicaces à Folon |
. 3
Extrait et fragments
Avant-propos
…
car il me semble qu’associer un instrument et par lui la musique au verbe,
n’est qu’un aveux de reconnaissance, à l’égard du caractère mélodieux que doit
revêtir ce dernier s’il se veut poétique. Comme le compositeur et
l’instrumentiste habillent de notes leur pensée –ou celle d’un autre–, le
poète l’exprime par des syllabes et des mots.
— Certainement,
certainement … mais je vous pose à nouveau la question : que faites-vous
du poème en prose et du vers libre dans ce cas ? Car ils sont une
vérité ! Ils ont pignon sur rue ! Bien que non mis en musique
selon vos règles.
—
Je considère qu’ils sont des formes poétiques moins actuelles qu’elles en ont
la réputation mais n’excluant pas, au demeurant, la musique dont je
parle. Celle-ci y est même d’une telle subtilité qu’il est souvent aussi
difficile de la percevoir que de la composer. Je considère surtout que la
poésie libre –entendez par là la poésie affranchie des règles que se plait et
s’applique à suivre le poète classique– est trop souvent l’alibi de ceux qui
confondent liberté avec anarchie ou avec facilité.
Petit d’homme
Sur le sable brûlant
Et la natte sommaire
Le petit d’homme naît.
Sur le sein desséché
À la source tarie
Le petit d’homme pleure …
Les forçats
... Le cliquetis des chaînes
apporté par le vent
Effraie le bon bourgeois,
ameute le passant.
Le convoi des forçats,
encadré par la chiourme
Chemine lentement …
La carpe et le progrès (fable)
… Asphyxiée, elle finit au
panier d'un pêcheur,
Gastronome averti tout autant
que prêcheur,
Se plaisant à donner à ses
amis poissons,
Tout en se distrayant, de
savantes leçons.
Ainsi leur apprit-il, on l’a
vu tout à l’heure,
Qu’abondance et progrès
peuvent n’être que leurre …
La plate
… Bercée par la chanson
inlassable du vent,
Dans l'odeur du goémon
laissée par le jusant ;
Plate aux couleurs pastel poncées
par les filets,
Les pierres de la cale, le
sel et les galets, …
Le Loiron
… L’eau parfois habitée de sombre coloris,
Voit les barques cabrées renâclant au mouillage
Sous les assauts du vent
montrer leur ventre gris. …
Le héron
… Le grand oiseau cendré,
majestueusement,
Fait à l'onde argentée de
fugitives rides,
Provoque un long frisson au
sein des eaux limpides,
Quand il frôle en son vol les
brumes de l'étang …
Bordeaux
… Le grand fleuve aux deux
ponts ouvre la perspective
Dans le soleil couchant d’un
aval encore clair
Et le cours d’eau s’en va
lentement vers l’estuaire
Charriant les noirs limons
dont est pétrie sa rive …
Ode aux monts du Forez
… La colonne rompue qui gît
dans la nuit claire
Ressemble à un géant
renversé, abattu.
Noire et poli, le roc brille
bien que vaincu,
Tragédie sous la lune au sein
de la clairière. …
La Loire
… La Loire alors s’endort aux
flancs du sable blond
Qu’elle étreint en ses bras
en un amour profond
Sous des cieux consentants. …
Baisers
… Baiser furtif de l'amour
révélé,
A la joue de satin soudain
rose, volé. …
Mort
… Âme rongée par le remords
Ou encore emplie d'espérance
Occupée à peser sa chance
D'aller à diable ou bien à Dieu.
Celui qui sait, est-il heureux
? …
Les 4 Saisons
… D’or fut mon rêve au soleil
de l’été
Aux midis rayonnants, aux
instants alanguis,
Quand l’amour foisonnant
savait peupler mes lits
De repos enlacés, suivant de
folles nuits. …
Soir d’hiver
… Des lambeaux de coton
jonchent l'herbe givrée,
Se mirent, expirant, dans les
trous d'eau glacée.
Pas un souffle ne vient
troubler la quiétude
De ce long soir d'hiver
empreint de solitude.
Le temps
… Ô Temps, miroir de l'homme,
temps qui passe dit-on,
Dans notre insignifiance et
notre prétention.
Temps tu es le métier,
majestueux, immense,
Sur lequel nous brodons notre pauvre espérance.
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